vendredi 12 décembre 2014

Prédation économique, bipolarisation du monde
(l’étau se resserre- 2ème partie)

Un marché digne de ce nom réagit à l’inflation d’une seule manière: en cas de hausse des prix, les taux d’intérêts augmentent.

Une demande de consommation/d’investissement croissante, directe ou indirecte (par les coûts à travers l’énergie et les matières premières) ou une masse monétaire accrue (plus de monnaie en circulation par une hausse des revenus et l’augmentation de crédits) auront le double effet d’une augmentation des prix d’une part et d’une baisse de l’épargne d’autre part.

Si les agents économiques consomment plus, ils épargneront donc moins (moins de dépôts, plus de retraits de livrets bancaires ou d’assurance-vie) ce qui bénéficiera aux entreprises et aux salariés aux dépens des rentiers (banques, fonds de placements). Ces derniers, afin de réorienter cette liquidité vers les placements, chercheront à en accroître l’attractivité par un relèvement des taux d’intérêt, eux-mêmes renchérissant in fine les prêts. Autrement dit, lorsqu’il y a inflation, les taux d’intérêt augmentent.

Inversement, quand il y a désinflation (baisse du taux d’inflation) ou déflation (baisse des prix), la courbe des taux fléchit. Une épargne importante déterminera la demande de consommation qui se tendra de nouveau, l’utilité de placer ses liquidités étant redevenu faible.

De ce petit rappel, le grotesque de la situation depuis 2008 est évident. Les prix ont en effet continué à grimper dont notamment ceux du gasoil, des fruits et légumes et de l’immobilier. Alors que les taux auraient dû être relevés par un refinancement plus couteux de la BCE, ceux-ci sont restés bas à l’instar de la politique menée par la FED. Par nécessité d’apurer leurs bilans de créances douteuses, la BCE s’est empressée de reprendre ces titres directement ou indirectement (via les MES et FESF) ayant ainsi le double effet d’une part d’accroitre le niveau de son bilan et d’autre part d’abonder en liquidité les caisses des établissements de crédits, leur offrant la possibilité à vil prix de nettoyer leurs comptes.

Ententes pleines et entières entre banques centrales et privées, entre BCE et marchés financiers, la combinaison entre une surliquidité et son corollaire indispensable, l’absence de prêts à l’économie réelle a mené à ce non-modèle qu’est la stagflation à savoir une croissance quasi-nulle et une inflation contenue.

Pourquoi en effet relever les taux et réorienter la monnaie vers l’épargne alors que les banques n’en ont absolument aucun besoin depuis l’ouverture au milieu des années 1990 des marchés à la finance débridée ? Ce semi- arrêt des emprunts aux ménages et aux entreprises (principalement celles qui ne peuvent faire appel public à l’épargne soit les PME) permit de facto de renchérir le loyer de l’argent (si vous empruntez 300000€ à 3% avec un apport de 50%, le taux ne sera donc pas de 3% mais du double, l’opportunité de placer les 50% ayant disparu !) et d’éviter le spectre de l’hyperinflation à savoir la non-corrélation entre la valeur de la monnaie et celle des biens : quand vous avez un PIB de 2000 Mds€ et une masse monétaire de 100 000 Mds€, l’économie réelle ne vaudra que 2% de la monnaie en circulation ! les 98% autres ne valant plus rien !

Verrouillage de l’accès aux crédits, refinancement des banques privées aboutissant à la fameuse trappe de liquidité, politiques d’austérité visant à renflouer les finances publiques sans prise en compte des  effets démultiplicateur sur la consommation, chômage massive (25 Millions de demandeurs dans l’UE …..en 2012 !), voilà donc l’état de l’UE en cette fin de 2014 !!

A cette faiblesse économique s’ajoute une faiblesse politique comme l’ont montrée les derniers sommets de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) et du G20, dichotomie désormais claire (mais non achevée) entre le bloc américano-occidental et celui des BRICS. Outre la dimension pathétique des médias à se centrer sur la « figure isolée et faible » de Vladimir Poutine, nous pouvons qu’être dubitatif sur la santé de nos démocraties et l’étendue de nos libertés d’expressions, du moins celles autorisant le débat citoyen !

Ce qu’il ressortit en premier lieu de ces rencontres est le soutien officiel de la Chine à la Russie et en particulier à Poutine (invité d’honneur de la Chine à l’APEC) contredisant le rapprochement inexorable de Pékin vers Washington du fait même de leur détention massive de bons du Trésor US. De nombreux méga-contrats ont donc été signés avec Moscou et les banques chinoises ont offert à leurs homologues russes l’accès à leurs crédits, banques russes actuellement sous la coupe des sanctions occidentales. A ce volet commercial s’est ajouté la décision d’exercices militaires (sol et mer avec création d’unités de commandes conjointes) ce qui parfait une évolution entamée par la mise en place de structures supranationales à savoir : le SCO (Shanghai Cooperation Organization), le CSTO (Collective Security Treaty Organisation) et le EEU (Eurasian European Union).

Pour rappel le SCO a été institué en 2001 et réactivé cette année par le fait de l’agressivité de l’OTAN dans l’affaire ukrainienne. Il comprend, outre la Chine et la Russie, les Etats de la CEI d’Asie Centrale: Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan. Il ne s’agit ni plus ni moins d’une coopération directe entre la Chine et la sphère russe à travers différents organes, un budget propre et un secrétariat pour des objectifs de sécurité et économiques.

D’un côté des exercices militaires conjoints sont menés autours des questions du terrorisme et du séparatisme, de l’autre des projets géo-économiques sont nécessaires à l’indépendance de ses membres: gaz, hydrocarbures, ressources d’eau sont des axes de réalisation pour une mise en commun de la prospection, projets soutenus par une banque du SCO et par le développement d’un « energy club » (sous l’impulsion de la Russie.). Géo-économie, lutte contre le terrorisme ne sont cependant que les éléments d’un plus vaste ensemble, celui d’une organisation de défense commune dont le CSTO préfigure un devenir sino-russe.  

L’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC en français) regroupe la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Tadjikistan, et le Kirghizistan. Créée le 7 octobre 2002 et effective depuis le 18 septembre 2003, il s’agit clairement d’une structure de type Otan à vocation militaire dotée de différents niveaux dont une DCA commune, une force d’intervention rapide, des missiles russes en Biélorussie et dans l’enclave de Kaliningrad, des systèmes radar en Crimée, Transnistrie, Caucase, Abkhazie et Ossétie du Sud, etc. 

La Chine pourrait aisément s’unir au CSTO soit par des rencontres directes sur des questions stratégiques soit indirectement sur des enjeux économiques et douaniers dont l’EEU ou Union Eurasienne, alors étendue, couvrirait cette nouvelle route de la soie des frontières de la Biélorussie et de l’Arménie aux côtes chinoises.


Montée en puissance d’un bloc alternatif et bicéphale contrôlant 20% des réserves pétrolières mondiales et 50% des réserves gazières, l’UE et la France sont ainsi à la croisée des chemins et seront contraintes à se redéfinir dans une histoire qui tend étrangement ces derniers temps à s’accélérer.

lundi 24 novembre 2014

L’étau se resserre (première partie)

Le 4 novembre 2014, dans une discrétion remarquable des médias français, la Banque Centrale Européenne s’est dotée de trois nouveaux instruments particulièrement coercitifs dans le prolongement de l’article 126 du Traité de Lisbonne posant l’impossibilité des aides directes d’un Etat-membre envers son homologue en difficulté et la création a fortiori de structures adhoc (tel le Mécanisme Européen de Stabilité) gérées comme il se doit par cette même BCE.

Le premier par l’importance de son cadre est le SSM ou « Single Supervisory Mechanism » (Mécanisme Unique de Supervision): Il tendra (et je cite Wikipedia) à surveiller les principales banques de l’Eurozone, à en contrôler la stabilité financière, contrôle s’étendant aux établissements hors zone si ces derniers le souhaitent (à ce jour aucun n’en a manifesté le moindre intérêt, particulièrement au Royaume-Uni !).

Les banques ciblées sont les méga « Too Big To Fail » banques se définissant pour l’UE par l’un des cinq critères suivants :

-       - Actifs excédant les 30 Mds €;    
-       - Actifs dépassant les 5 Mds € et 20% du PIB de l’Etat de leur siège social;
-       - Une des 3 plus grandes banques de l’Etat concerné ;
-       - Activité importante à l’international ;
-       - Fonds reçus du Mécanisme de Stabilité ou du Fonds Européen de Stabilité Financière

soit à peu près 150 banques pour un total de 80% des actifs bancaires de l’Eurozone ….ce qui n’empêchera cependant pas la BCE d’auditer des banques plus petites (6000 banques!) mais indirectement via ce qui est appelé un « superviseur national » autrement dit une autorité sous tutelle préexistante ou non dans l’Etat considéré.

La marche du SSM sera fonction des décisions d’un Conseil de Direction (« Governing Council ») composé des banques centrales de l’Euro-zone et du Conseil Exécutif de la BCE, lui-même présidé par ce cher Mario Draghi (et déjà en charge de la politique monétaire de l’UE !), chaque décision étant elle-même préparée par un « Conseil dit de Supervision » (« Supervisory Board ») composé des « superviseurs nationaux », d’un président, d’un vice-président et, bien entendu, de quatre représentants de la BCE.

Une des fonctions affichées du SSM (mais le champ de compétences n’est visiblement pas exhaustif..) sera d’effectuer des stress tests. Si ceux-ci se révèlent négatifs, le SSM pourra envisager des mesures visant par exemple à corriger la capitalisation d’une banque, à en limiter les opérations à risques voire à intervenir sur la composition du management. Si le problème est systémique induisant une possible liquidation, le deuxième instrument (SRM) sera alors mis en place (voir plus loin).

Prima facie, et avant d’aller plus avant dans cette présentation, une question se pose:  comment, quant à la BCE, peut-on être à la fois contrôleur et une des principales parties prenantes du jeu financier via les deux LTROs lancés en décembre 2011 et février 2012 (programmes de rachats de créances à long terme détenus par les banques –soit des dettes !- pour 1000 Mds€) et la pratique copiée sur celle de la FED de taux de refinancement extrêmement bas favorisant la démultiplication de produits dérivés émis par la plupart des méga-banques, elles-mêmes créancières d’Etats-membres surendettés et soumis à des politiques d’austérité différenciées imposées par la Commission Européenne, la BCE (à nouveau !) et le FMI?

La BCE a cependant voulu aller plus loin dans ce refinancement débridé par sa tentative fin 2012 de rachat aux banques de dettes obligataires souveraines (un galop d’essai de 210 Mds € dit « Securities Market Program» ayant déjà été mené sous la gouvernance Trichet courant 2010-2011), tentative finalement bloquée par la cour constitutionnel allemande (Tribunal Constitutionnel d’Allemagne à Karlsruhe) le 11 Janvier 2014. Jugeant ces opérations contraires au principe de non-renflouement de déficits publics par un ou des Etat-membres et au mandat de la BCE de lutte contre l’inflation, la réponse de la BCE à cette opposition de la Cour fut donc de créer le SSM et de poursuivre in fine sa politique de refinancement accommodante par ses relais intra-zone au Luxembourg et à Malte et hors zone à Londres !  Il s’agit bel et bien d’une vaste supercherie offrant à la BCE une encore plus grande ingérence dans les différentes économies nationales! 

Il revient donc à la BCE et plus précisément à la concertation entre cette dernière et les méga-banques    d’établir de nouveaux standards, de nouvelles règles, connivences littéralement étouffées par les mass-médias et les responsables politiques UMP et PS, eux-mêmes artisans du Coup-Etat constitutionnel des 4 et 7 février 2008. Cette montée en puissance de la banque centrale s’inscrit évidemment dans l’esprit ultralibéral du Traité de Lisbonne l’autorisant à s’arroger le droit de faire rigoureusement n’importe quoi  sans en référer directement aux peuples mais en rapportant son action aux exécutifs des méga-banques et aux lobbyistes de la Commission et par extension via son président Mario Draghi (ex Goldmann Sachs Europe) au FMI (partie prenante de la dite « troïka »), à Wall Street (corolaire de la City de Londres et de Francfort) et à la FED (référent ultime de la politique monétaire de l’Eurozone).

A titre inaugural de ce nouveau paradigme, la BCE a publié le 24 Octobre 2014 son premier stress-test sur 130 « Too Big To Fail » banques d’importance.  L’audit dit indépendant à savoir sous l’égide d’un Conseil Spécial des Etats de l’Euro-zone composé de parlementaires des Etats concernés mais aussi (et surtout !) de représentants des secteurs bancaires, industriels et tertiaires donna un résultat médiocre de un sur cinq soit l’échec de 24 banques (dont 9 italiennes et 3 grecques!) ou, dit autrement un trou de 25 Mds € !, résonnant dans la presse française comme une victoire de nos établissements de crédit sans comprendre ni l’interaction entre toutes ces banques ni la place des produits à risques dans le bilan et (et le hors-bilan!) !

Cet audit est en fait le suivant d’une série de tests courant 2009 et 2011 entrepris dans le cadre du Système Européen de Supervision Financière par l’Autorité Bancaire Européenne, structure incestueuse basée à Londres ( !) et s’étant révélés particulièrement désastreux dans leur incapacité à prédire la faillite des banques irlandaises ! Octobre 2014 marque cependant une plus grande implication de la BCE puisqu’elle en fut la coordinatrice, la conception en ressortant toujours à l’ABE. 

Plusieurs hypothèses furent définies pour la France:

- une baisse immobilière (-20% en trois ans ce qui est crédible),
- une hausse du chômage (+ 12,2% en 2016 ce qui reste optimiste !),
- une déflation de -0,3% en 2016 (sic!),
- une chute boursière de -20% d’ici à 2016 (rappelons que nous étions à - 43% rien que sur l’année 2008 !),
- un taux de (dé)croissance de -1,1% en 2015 (alors qu’en 2009 la récession fut de -2,5% !),
- une hausse des taux d’intérêt à 3,8% en 2016 (ce qui ne veut strictement rien dire tant la situation actuelle est faussée sur ce plan- voir la seconde partie pour explication).

Autrement dit ces cadres ne sont que des situations édulcorées contredits sévèrement par l’étude à la même période du ZEW (Zentrum für Euröpaische Wirtschaftsforschung), institut allemand d’observation de l’économie européenne, montrant qu’il n’y avait quasiment aucune banque de la zone euro ayant suffisamment de fonds propres dans son bilan ! Les banques françaises auraient par exemple un besoin de 98,3 Mds€ si il advenait un recul de valeur de 10% de leurs actifs pour simplement respecter une liquidité de 4% de l’actif net à court terme ! Comme le disait Olivier Berruyer sur son site Les Crises.fr, ce qu’il faut tester est en fait l’impact d’une faillite d’une méga-banque telle que Bank Of America ou JP Morgan!

La BNP a 37% d’actifs financiers risqués soit 672 Mds € sur un actif total de 1800 Mds€ pour seulement 72 Mds € de fonds propres (capital social, réserves, résultat) soit un levier de 25 fois ceux-ci ! ! Alors que son « hors-bilan » s’estime à 41 400 Mds€, que Bâle 3 prévoit pour 2018 un ratio de levier limité à 33 fois (bilan et hors bilan) son noyau de base (Tier one soit capitaux + réserves + report à nouveau), nous nous trouvons en face d’une situation standard proche de la farce, situation qui reste commune à toutes les banques dites systémiques. Si il n’y a en effet que 72 Mds€ de fonds propres pour 1800 Mds€ d’actifs, il y a donc 1728 Mds€ d’endettements et aucun bénéfice tangible ! Si la BNP perd 4% d’actifs soit 72 Mds€, elle est en faillite !  Ce constat est d’autant plus surréaliste que tous les actifs bancaires ont désormais depuis Bâle 3 une pondération différenciée: chaque banque a désormais la  possibilité de pondérer ses actifs en fonction de risques qu’elle-même appréciera!! Autrement dit, si Bâle3  oblige à plus de fonds propres (10,5% du total de l’actif), il suffira simplement de redéfinir une partie de ses avoirs en nivelant le degré de risques !

Beaucoup de commentaires vont cependant trop dans le sens d’une transposition de la rigueur comptable aux établissements de crédits en oubliant de mettre en évidence le statut sui-generis de ceux-ci. Une banque n’est ni une entreprise ni une institution para-publique mais une entité dont l’objectif et le devenir sont la pérennité de la finance internationale: il importe peu de savoir le faible niveau de fonds propres quand d’une part l’ensemble de ses fonds sont le drainage de l’épargne privée (entreprises et ménages) et institutionnelle (autres banques) et quand d’autre part le risque est amorti par des banques centrales et des Etats prêts à tout moment, direct et indirectement (MES/FESF) à intervenir (« Bail-Out »). Peu importe la structure du bilan et les règles de bonne gestion quand on est hors-cadre ou plutôt hors-bilan ! Contrairement à ce que disent les relais médiatiques, Lehman Brothers fut en faillite par choix politiques en accord parfait entre ses concurrents et la FED !!

Il est aussi vrai, certes, que le bilan de la BCE a atteint 32% du PIB de la Zone soit plus de 3000 Mds€ en juillet 2012 mais il est aussi vrai que ce bilan s’est recontracté en 2014 à 2000 Mds€ soit une perte de 1000 Mds€ en deux ans autrement dit une purge par l’effet du Système lui-même.

Sur la perte de 1000 Mds€, 300 Mds€ furent une dévalorisation d’actifs (portefeuilles, devises), le reste étant bien l’illustration de la trappe à liquidité: plus les taux de refinancement sont bas, plus la spéculation est forte ! Les agents économiques s’attendant à une remontée des taux demandent invariablement de la monnaie et non des actifs telles des actions ou des obligations, ces dernières étant amenées à baisser. Une perte de 700 Mds€ signifie donc bien l’échec des politiques monétaires de la BCE à savoir un recul de l’investissement de 700 Mds€ en deux ans !... mais tout ceci est un détail comme nous le verrons dans la seconde partie.          

Ce qu’il faut retenir est la concordance de la politique de la BCE avec celles de la FED et du FMI : l’absence de relance économique permet de maintenir une balance commerciale allemande forte et un Euro surévalué pénalisant les ¾ de l’Euro-zone. En désinformant les peuples par l’idée brillante qu’un tel système les protègera de nouvelles crises, les acteurs financiers et leurs relais politiques favorisent l’extension d’une aire de jeu dans laquelle l’économie réelle se fait étranglée au profit des 10% les plus riches ….ce qui nous amène aux deuxième et troisième piliers de la BCE: le SRM ou « Single Resolution Mechanism » et le SRF ou « Single Resolution Fund ».

Créé par un règlement du 19/08/2014, le SRM aura à définir le plan de sauvetage d’une banque en difficulté, sauvetage exécuté par le SRF, structure adhoc mis en place à cet effet (sous réserve de ratification par accord intergouvernemental).

En droit le SRM sera mis en application le 1er Janvier 2016 une fois le SRF définitivement établi et s’appliquera aux Etats membres participant déjà au SSM sous supervision de la BCE. Le SRM pourra donc envisager une large palette « d’instruments de sauvetage » dont le désormais connu « Bail-Out » signifiant in concreto le renflouement par une aide allant jusqu’à 1% des dépôts des établissements bancaires de l’Eurozone (approx 55 Mds€), intermédiation censée alléger le poids de la dette des Etat émettant des obligations pour sauver ces mêmes banques mais qui s’avèrera vain vu le montant ridicule des fonds alloués au SRF !

Au final cette augmentation de la puissance de la BCE rentre en conjonction avec l’affaiblissement des souverainetés nationales et l’accélération des tensions entre les USA et la Russie. Le SSM reste un moyen de plus du contrôle de la zone Euro à l’encontre de la sphère russe ou plutôt de la nouvelle alliance russo-chinoise, l’idée étant qu’il n’y ait non seulement plus aucun Etat membre mais aussi plus aucune banque européenne qui ne puisse s’intégrer dans cette nouvelle zone de trading des BRICS, zone établissant un nouveau paradigme conjuguant une finance contenue, une réappréciation de l’économie réelle comme source de développement et surtout le poids de l’Etat national et des souverainetés dans la maitrise des flux de capitaux et de travailleurs.

Récemment, en mars 2014, Xi Jinping, président de la République Populaire de Chine a visité l’Allemagne et a offert à Angela Merkel la participation de son pays à cette Nouvelle Route de la Soie (« the New Silk Road »), une nouvelle zone commerciale allant du Rhin à Shanghai en passant par la Russie, les Etats de la CEI d’Asie Centrale et les parties nord-ouest et centrales de la Chine soit un potentiel incroyable pour l’Allemagne et a fortiori pour l’UE: si l’Allemagne accepte, le reste des Etats membres pourra suivre une voie différente, certainement plus sereine et profitable que celle faite de menaces et de sanctions pavée par la Maison Blanche.

De toute cette situation, Washington en est pleinement averti : ils feront donc tout pour déstabiliser l’UE et justifier une intervention américaine via l’OTAN, une surveillance accrue par la CIA et la NSA et des budgets décuplés pour le complexe militaro industriel. SSM, SRM et SRF sont seulement des moyens de déstabilisation asservissant les Etats membres à la politique extérieure des USA et la seule façon d’échapper à la subordination au dollar est de revenir soit aux monnaies nationales soit à une monnaie commune (je renvoie aux travaux de Jacques Sapir et Frédéric Lordon sur ces points).

(A suivre)




lundi 21 juillet 2014

La Crimée

Depuis le passage définitif au rouble (ayant suivi une période de flottement mêlant roubles et grivnas), la Crimée semble poursuivre sa propre voie économique reposant sur le tourisme et le complexe militaro-industriel tout en englobant de nouveaux paramètres. 

Avec des prix au détail légèrement en augmentation (principalement due à une prise de marge plus grande des commerçants!), la surévaluation du rouble à l’économie criméenne est atténuée voire oblitérée par l'ouverture quasi-exclusive de la production vers la Russie, la part avec l’Ukraine affectée sera compensée par des commandes russes plus importantes. 

Tous les touristes ukrainiens et étrangers ont quitté la région pour des raisons tant politiques (pour les premiers) que diplomatiques (passeports et visas pour les seconds). Inversement les touristes russes qui venaient auparavant à Odessa viennent désormais à Sébastopol et Yalta. Il faudra cependant encore un certains temps pour que le manque à gagner de cette transition soit effacé. 

Il reste aussi que la Russie vise à consolider cette région en en faisant une gigantesque base militaire: le développement de la guerre en Ukraine et notamment à Odessa et ses environs ne pourra que justifier de tels investissements.

La Crimée restera ainsi une enclave balnéaire et économique profitant de la croissance russe des matières premières et c’est finalement ce qui peut lui arriver de mieux !


Le bord de mer à Yalta.

mardi 3 juin 2014

L'Ukraine ou le pion sacrifié 


Arrivé à l’aéroport Borispol au lendemain des élections du 26 Mai, je trouve celui-ci quasi-désert seulement quadrillé par des militaires acheminant les passagers vers les services des douanes: aucune arme lourde ni d’armes sophistiquées aperçues et un personnel civil vaquant à une activité des plus réduites ! Les vols sont cependant tous maintenus tant à l’international qu’en intérieur. Aucun avion militaire ni de cordons de sécurisation autour de l’aéroport vus.

Débarqué à Odessa après un vol d’une heure dans des conditions des plus correctes, les militaires d’âge moyen sont encore en nombre mais réduits à une simple activité de surveillance des passagers vers les salles d’arrivée! Une fois en ville, il est facile de remarquer les hôtels totalement désertés par une clientèle russe ayant compris qu’elle était persona non grata ! Odessa continue de vivre cependant dans l’atmosphère festive qui la caractérise et ce malgré la tragédie de la Maison des Syndicats et une économie réduite à son point mort : l’activité portuaire est en effet totalement à  l’arrêt ainsi que le trafic ferroviaire de marchandises (bois et acier essentiellement).

L’Etat par ses services publics (trains, bus, trams) continue de fonctionner normalement  traduisant une organisation administrative encore en place et le paiement des salaires aux employés et fonctionnaires. Doués d’une capacité de résistance forte à l’adversité, les ukrainiens vaquent normalement à leurs occupations et donnent à n’importe quel observateur une impression de passivité.  Je n’ai pas remarqué le moindre slogan, tag ou affiche pro ou anti Maidan ce qui me laisse perplexe dans un premier temps. En discutant avec certains Odessites, les gens du Sud-Est de Kherson à Zaporojie et de Mykolaïv à Vinnytsia sont favorables à une Ukraine unie et n’ont visiblement que faire des manifestations nationalistes ou russophobes. La cinquantaine de morts carbonisés de la Maison des Syndicats n’ont visiblement pas déclenché de mouvements de rejets des politiques en place à Kiev et seuls quelques rassemblements ont pu être aperçus, rassemblements comparables à un appel à une grève le jour d’un départ de vacances en France ! Alors que l’Ukraine est en quasi-faillite, personne ne semble s’en soucier comme si se fondre dans sa routine semblait suffire à s’abstraire du chaos ambiant.

Cette torpeur, Kiev visiblement en a conscience puisqu’il n’y a aucun check-point à l’entrée de la ville ni d’ailleurs dans la ville voisine de Kherson; seuls des contrôles inopinés sont faits à Mykolaïv et quelques barrages ont été mis en place à la frontière avec la Transnistrie.

Ce qui est sûr aussi est que Kiev compte sur l’absence de toute espoir d’un changement politique national tant l’élection présidentielle du 26 a été truquée: comment pourrait-il y avoir la moindre réaction lorsque l’on sait à l’avance que Petro Porochenko sera élu? Bien au contraire des mouvements d’opposition ou de rejet peuvent se déclencher quand les résultats après une procédure acceptable sont falsifiés ou annulés comme ce fut le cas en Algérie en décembre 1991. Ici tout a été au contraire organisé pour que les gens soient découragés et s’abstiennent de voter : interdiction en cours du Parti Communiste par le président Oleksandr Tourtchinov et le procureur général Oleg Makhnitski, mise à l’écart d’Oleg Tzarev, député du Parti des Régions au parlement, de Mikhail Dobkine, candidat officiel du Parti des Régions, de Piotr Simonenko, premier secrétaire du PC Ukrainien ainsi qu’un certain nombre de personnalités politiques telles que Arsen Klintchaev, Anton Davidtchenko, Youri Appoukhtine ou Konstantin Dolgov. Finalement le seul point positif a été les scores quasi-nuls des candidats de Svoboda et de Pravy Sektor mais j’y reviendrai plus loin.

Intéressant également de noter que le résultat aux élections municipales d’Odessa tenues le même jour que les élections nationales ( !) fut la victoire du candidat pro-Kiev Gennady Trukhanov contre le maire sortant anti-maidan Eduard Gurvits après un décompte des suffrages des plus douteux (en fait au quasi-terme des votes, aucun candidat n’apparaissait gagnant ce qui visiblement a « profité » à Trukhanov ! Malgré des tensions dans la rue au vu de manipulation à peine voilée, les manifestants se sont calmés sur l’injonction d’Igor Palitsya le gouverneur d’Odessa et soutien indéfectible de Kiev dans l’oblast.

Les odessites comme la plupart des ukrainiens du Sud-Est sont assurément bien conscients de cette farce électorale et de ce régime oligarchique grotesque. Ce qu’il faut comprendre c’est tant le rejet par cette population russophone de la mainmise de l’Union Européenne et de tout ce qu’elle représente dans son ultralibéralisme et son décadentisme mais aussi de la Russie: tout en acceptant l’héritage de la culture russe, l’indépendance de 1991 et le sentiment malgré tout de faire partie d’un même peuple sont largement partagés. La volonté de rester unis est un élément très fort de l’identité et se heurte frontalement aux idées vaines et dangereuses d’un faux peuple européen et d’un internationalisme des marchés de capitaux et de travailleurs. Contrairement à ce que peuvent prétendre les journaux faussaires d’ici, être russophone ne signifie en aucun cas être russophile mais bien un moyen de participer au rapprochement de chaque ukrainien, d’unifier le pays par de là ses traditions locales  et la diversité culturelle de ses travailleurs. Le but de chacun ici est d’éviter le chaos, un chaos si présent dans la mémoire collective de l’Est comme de l’Ouest mêlant tant l’extermination des slaves et des juifs par les Einsatzgruppen SS et les Roumains d’Antonescu que l’Holodomor perpétré par l’URSS de Staline. Il vaut mieux ici s’accommoder d’une démocratie déficiente et corrompue que de vivre dans un monde nous rappelant la souffrance qu’a connu chaque famille ukrainienne.

Au moment pourtant où cette volonté de vivre à tout prix s’affiche dans les rues d’Odessa, les bombardements dans le Donbass s’intensifient !, au moment où le chouchou du bloc américano-occidental (pour reprendre la terminologie de Philippe Grasset) est élu, des opérations sanglantes contre des populations civiles sont menées en son nom !, la question est donc de nouveau posée : pourquoi les ukrainiens du Donbass se soulèvent-ils alors que la passivité est de mise dans le Sud-Est ?

Pour un observateur raisonnablement informé, les différences économiques entre le Sud-Est et l’Est sont importantes et expliquent la réaction du Donbass.  Si les régions d’Odessa et de Kherson sont dépendantes d’une activité portuaire et de chantiers navals réduits désormais au silence voire d’un tourisme aujourd’hui anémique, le Donbass produit approximativement 80% du PIB de l’Ukraine !: toute la redistribution fiscale vers Kiev, le Sud-Est et l’Ouest part du Donbass et plus précisément de villes comme Donetsk ou Lugansk. Autrement dit lorsqu’une nouvelle politique est mise en place mêlant néonazisme, ultralibéralisme et une tutelle de facto de l’UE, des USA et du FMI, la réaction de populations  immergés dans une vie politique autour du Parti des Régions et du PC est aisément prévisible d’autant que les signes ou symboles nazis sont un rappel aigu d’un passé de larmes et de combats contre les offensives de la Wehmacht et des Einssatzgruppen. Le séparatisme affirmé bêtement par les médias européens n’est en fait qu’une protection contre  une tentative illégitime de mainmise des richesses par un pouvoir non seulement anti-démocratique mais relevant d’une idéologie inacceptable ici. Il ne s’agit donc pas de séparatisme mais bien de résistance à un ordre dépravé, résistance nourrie dans son histoire récente par la montée à Kiev en 1996 de ses mineurs.  Qu’en fin de compte des civils s’organisent et soient pris en main par la suite par des ex-militaires ou des militaires ayant fui l’armée régulière est logique mais malheureusement ces effectifs restent insuffisants pour reprendre le contrôle de villes comme Donetsk ou Dniepropetrosk.

Diviser son propre peuple suppose une force idéologique introuvable en Ukraine expliquant les ratages de Kiev dans son impossibilité à pousser des conscrits ou des militaires de carrière à tirer sur des civils! Au-delà du coup d’Etat de février 2014, il n’y a rien d’autres qu’un mélange malodorant de nazisme newlook et d’ultralibéralisme mafieux ne représentant  à l’échelle nationale moins de 1% des suffrages. Qu’ils aient voulu imposer une culture de tradition ukraino-polonaise et une langue ukrainienne alors que 80% du pays ne parle en réalité que l’Evrei, un dialecte mêlant ukrainien et russe est profondément stupide et traduit une absence totale de culture politique!! Il n’y a donc aucun avenir à ces Tiagnibok ou Parubiy si ce n’est de se mettre au ban de leur propre peuple!

Ce qui est aussi sûr pour le gouvernement Iatseniouk/Porochenko est de pouvoir contrôler toute cette région centre/Sud-Est sur une ligne de Kiev à Odessa afin de repousser toute infiltration hypothétique des insurgés. La surveillance policière par voitures banalisées ou dans la rue reste donc un impératif   expliquant la réaction étouffée des partisans de Gurvits : chacun sait ce que veut dire l’appel au calme du gouverneur Igor Palitsya, celui-là même qui a fait venir la veille du massacre de la Maison des Syndicats Andrey Parubiy pour organiser cette « Aktion » dont le but fut tout simplement d’avertir à toutes fins utiles le marquage d’un territoire dont les quatre angles sont Odessa, Kiev, Kharkhov et Dniepropetrosk !

Bizarre cette vision d’une ville dont les hôtels balnéaires sont tous quasi-vides, le mien notamment et dont le responsable vient me saluer la mine toute embuée d’alcool et de nuits sans sommeil. Il m’explique qu’il espère le retour des russes pour la saison estivale en y croyant lui-même moyennement. La grande gagnante il est vrai est Sebastopol, la magnifique capitale côtière de la presqu’île de Crimée, cette dernière réunissant 80% de russes à savoir des ukrainiens ayant double passeport : un ukrainien et une carte d’identité russe à la différence du continent où ce que l’on nomme des russes sont en réalité des ukrainiens avec une ascendance matri/patrilinéaire russe leur permettant de faire une demande officielle de passeport russe sans aucun problème.

Arrivé à Kiev le 28 Mai, mon chauffeur me mène dans la ville par une autoroute engorgée de similis barrages pour débarquer à Basseynaya Street en haut de l’avenue Kresciatic dans une ambiance affairiste des plus désespérément normale! De retour de l’Hôtel, je débarque à mi-hauteur de Kresciatic vers Maidan et la Rada et l’atmosphère change du tout au tout ! En fait parler d’atmosphère relève plus d’une figure de style que d’un choix réel de désigner les choses par leur nom : je pense immédiatement à Marcel Duchamp et à son urinoir exposé tel quel comme ultime œuvre d’art d’une époque post-tout (moderne, démocratique, capitaliste, fasciste, etc). Ce que nous voyons de Maidan n’est en réalité qu’un champ de stigmates rappelant une lutte qui fut et qui a disparu, finalement l’évocation paradoxale des mises en scènes de propagande dans l’URSS ou dans les Etats du Pacte de Varsovie. Kundera aurait apprécié je pense ce rapprochement.








Tous ces gens, hommes ou femmes, mal lavés en treillis usés jusqu’à la corde sont les personnages d’une gigantesque scène occupant tout l’espace public, un espace qui dans une démocratie est le lieu de rencontre des opinions et des idées ici réduit à un terrain vague aux seules couleurs noires et rouges de l’OUN-B. Bref ce n’est qu’une misérable foire à la gloire néonazie de Pravy Sektor et de Svoboda et n’est là que pour contrôler la colère de ces jusqu’aux boutistes que le Ministère de l’Intérieur aura payé pour qu’ils tiennent la rue.          Triste déballage de manipulations hors du temps que l’on aurait cru à jamais oublié : pas la moindre idée mais des slogans de haine russophobes placardés pour des « manifestants » ayant décidé d’occuper l’espace démocratique avec l’aval du gouvernement, voyant dans cet espace qu’un camp dont les limites indistinctes sont la pérennité de l’administration néonazie et la poursuite du vol de la chose publique par les oligarques alliés de l’UE et des USA. 






Dans n’importe quelle démocratie, un changement présidentiel entraînerait également de nouvelles élections législatives de manière à ce qu’il y ait au moins concordance politique avec le gouvernement et le parlement mais pas ici !: il est seulement prévu un vote éventuel de la Rada pour de nouvelles élections qui remettrait en question évidemment la répartition actuelle de celle-ci et le gouvernement en place dont les composants n’auraient jamais pu accéder au pouvoir dans le cadre d’un suffrage universel !!

Maidan c’est en fait le symbole de ce que n’importe quel démocrate rejette mais est uniquement là pour décourager les ukrainiens et les réduire à l’abstentionisme et la passivité.  Quand on voit des villes aussi importantes que Donetsk, Lugansk, Dniepropetrosk ou Odessa dans l’incapacité de fournir les effectifs nécessaire à un renversement, on peut penser que la stratégie de Kiev est gagnante.

Et pourtant le Donbass ! La volonté de se préserver contre un pillage en règle a été une détermination pour s’organiser mais n’est visiblement pas suffisante. Terre d’immigration de plus d’une centaine de nationalités unifiées par la langue russe, les mineurs ont pu survivre grâce aux subventions octroyées par l’Administration Yanoukovitch et que le gouvernement Iatseniouk va supprimer sous la pression du la Banque Mondiale et du FMI. En fait les habitants du Donbass sont mis sous pression non seulement par Kiev mais aussi par leur relais locaux à savoir les oligarques Rinat Akmetov et Serguë Tarouta.  La question n’est donc pas de savoir s’il faut une fédéralisation mais bien de savoir quelle Ukraine les ukrainiens veulent vraiment à savoir unie ou scindée. La fédéralisation n’est qu’une solution administrative de répartition des pouvoirs économiques et politiques mais est absolument inefficiente à partir du moment où une partie d’un peuple ne peut plus vivre avec l’autre ! En fait la situation ne peut trouver de solution qu’à partir du moment où la démocratie est restaurée, celle-ci étant non pas l’organisation d’un suffrage universel mais bien l’organisation de débats et de confrontations d’idées. Cette pacification par les idées et la reprise en main de son destin est la garante d’une sortie de crise ; la poursuite du régime en place ne mènera nulle part sinon à la faillite et à une guerre civile étendue tôt ou tard au Sud-Est.

Une baisse de 2% du PIB et une dépréciation de plus de 15% du Hryvnia, une évacuation de la population de Slaviansk vers la Crimée, une perte économique dans le Donbass et le Sud-Est, un régime putschiste mais tout cela pour quoi faire ? et quelles seront les conséquences dans les relations des ukrainiens avec leurs voisins à commencer par la Crimée ? Comment peut-on croire un seul instant que l’identité de la Crimée est forcément russe sans avoir été irriguée par une culture locale forte comprenant non seulement la Crimée mais toute la Côte jusqu’à Odessa et au-delà ? Comment psychologiquement les ukrainiens vont-ils vivre cette séparation en étant obligés soit de se procurer un passeport russe soit d’avoir un visa ? Comment les Criméens vont vivre la difficulté de retourner en Ukraine si leurs passeports désormais russes ne leur facilitent pas le déplacement ? En fait tout ceci est une monstruosité et le rattachement de la Crimée la conséquence directe de la politique absurde de Kiev à l’encontre des intérêts stratégiques de la Russie. Les Criméens ne se sont pas déterminés par leur identité de Criméens, celle-ci étant purement fictive et administrative mais bien par peur du retour d’une politique russophobe de Kiev sur eux ! Comment auraient-ils pu rester quand il y a des manifestations antirusses quotidiennes dans la capitale ? Comment le président-poire  pourra-t-il être entendu de Poutine quand dans le même temps ce même président-poire soutient un régime ayant non seulement modifié le regard de la Russie vers l’UE mais aussi discrédité profondément l’idée même démocratique ?!

La provocation à l’intervention de la Russie est en effet la stratégie principale de Kiev dans le Donbass, stratégie soumise dans ces grandes lignes à l’aval de l’OTAN et de la CIA.  La position de la Russie est donc alternative : soit elle intervient et sera perdante dans l’immédiat dans les sanctions économiques (embargo) qui lui seront appliquées soit elle n’intervient pas et la charge de la faillite de l’Ukraine incombera à l’UE tout en ne permettant pas l’installation militaire de l’OTAN sur le territoire ukrainien ce que souhaiterait vouloir dans sa partie civile le complexe militaro-industriel US soit Kerry, Clinton, McCain notamment (Obama étant hors jeu par choix ou non !). 

681 Mds de m3 de gaz produits par les USA contre 656 Mds m3 pour la Russie mais 47570 Mds m3 de réserves prouvées pour la Russie contre seulement 7716 Mds m3 pour les USA (Chiffres de 2012). Dans les 10 premiers pays en réserves de gaz, il y a l’Iran, le Turkmenistan et le Vénézuela soit 62594 Mds m3 à rajouter aux réserves russes soit 110 164 Mds m3 et je ne rajoute pas le Qatar dont l’évolution vers la Russie semble réelle. Pour les alliés des USA à savoir immédiatement l’Arabie Saoudite, les EAU, nous sommes à des réserves incluant les USA de 21 833 Mds m3 soit très loin derrière la Russie.

En pétrole brut la production de la Russie est de 520 Mt (10M de barils/j) contre 544 Mt pour l’Arabie Saoudite. Les USA sont à 9M3 barils par jour. Les réserves de pétrole des USA sont dans une fourchette haute de 30 Mds barrils (2008) alors qu’elles sont de 60 Mds de barils pour la Russie (2011), l’Arabie Saoudite étant la première avec 36,2 Mdst (8,2 Mdst pour la Russie) (2011).

La Russie tend donc à surclasser les USA dans ces deux domaines énergétiques majeurs.

Si nous reprenons l’affaire ukrainienne, le projet de gazoduc Nabucco puis de Nabucco West a été d’acheminer le gaz du terminal de Shah Deniz en Azerbaijan vers l’UE via la Géorgie, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie avec des dérivations possibles vers la Syrie, l’Irak et l’Iran. Ce projet a été monté principalement par une société autrichienne OMV avec des capitaux de fonds US et d’Abu Dhabi. Le projet destiné à être mise en place en 2017 a avorté au profit du Trans Adriatic Pipeline (TAP) reliant l’Azerbaijan à la Turquie avec des fonds norvégiens (Statoil) et allemands (E.ON).  Il s’agit donc d’un revers pour les USA d’autant que les projets russes sont en voie de mise en place. Il y aura le South Stream dès 2015 en partance de Russie et du Kazakhstan pour alimenter l’UE et la France en premier lieu via la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. Et le North Stream sur des fonds à 51% de Gazprom (le reste réparti entre les allemands de Wintershall et d’E.ON, les hollandais de Gazunie et les français de GDF). Le North Stream a été mis en service en 2012 pour alimenter du gisement de Ioujno-Rouskoie l’Allemagne en premier lieu et l’UE via les pays baltes.

150 Mds m3 par an sont exportés de Russie via l’Ukraine et la Biélorussie vers l’UE soit 1/3 de ses imports de gaz et 45% des exports russes. La Russie se diversifie par ailleurs avec un accord avec la Chine visant à livrer 38 Mds m3 par an à partir de 2018 suivant en cela sa diversification pétrolière (ESPO) le 29 Août 2010 avec un objectif de 30 Mt par an vers l’Asie Pacifique (par comparaison l’export de pétrole vers l’UE est de 185 Mt par an).

Tout cela pour dire que la Russie s’installe comme acteur majeur dans la détention et la fourniture des deux seules matières premières indispensables au 21ème siècle alors que les USA voient leurs réserves s‘affaiblir tant pour le pétrole que le gaz. L’affaire ukrainienne est donc seulement une tentative pour les USA d’affaiblir la Russie dans son acheminement North Stream et South Stream en la mettant en difficulté par des embargos.

Il y a des objectifs en cas d’intervention de la Russie et en cas de non intervention :

Intervention :

- Le seul objectif des USA est l’embargo du gaz et pétrole russe. La Russie l’a bien compris et cherchera à éviter cela tout en rassurant les clients européens, français et allemands en tête.

- Affaiblissement de la Russie vis-à-vis de la CEI et de l’Asie Pacifique

- Militarisation accrue de l’OTAN aux frontières de l’Ukraine

- Renchérissement du prix du gaz et pétrole pour l’UE ce qui permettrait d’une part de reprendre le projet Nabucco, d’exporter à terme le gaz/pétrole schiste US et canadien vers l’UE devenu un marché captif via l’accord transfrontalier USA-UE.

Non Intervention :

Via le régime de Kiev, la récupération des installations de gaz en Ukraine et l’exploitation du gaz de schiste, l'Ukraine ayant des réserves importantes.

Militarisation de l’Etat ukrainien via armements US. Entretien de la guerre civile sur le modèle irakien. 

Recherche de nouveaux foyers d’insurrection (Azerbaijan, Turkménistan, Kirghizistan).     







(Artem Volokitin)

A suivre



    

jeudi 17 avril 2014

mercredi 16 avril 2014

A la gloire du nationaliste nazi Stepan Bandera hier en plein Maidan place à Kiev! Pour rappel le lien wikipedia:  http://en.wikipedia.org/wiki/Stepan_Bandera



Pour faire le lien avec cette figure tutélaire de Svoboda et Pravy Sektor, la vidéo de Dmytro Yarosh pour l'élection présidentielle de Mai 2014


vendredi 21 mars 2014

Savent-ils ce qu'ils font?


Est-ce l'entropie en cours du Système magnifiquement décrite par les analystes de Dedefensa ou le survivaliste Dmitri Orlov que nous voyons s'épanouir dans le développement de la Crise Ukrainienne ou bien s'agit-il d'un acte réfléchi de l'Etat profond US dont l' effet recherché serait tout simplement la rupture des relations économiques de la Russie d'avec l'Union Européenne?

Je pencherais a priori pour cette dernière hypothèse qui, si elle se confirme dans les prochains jours/mois/années serait aussi dévastatrice que la première!, mais reprenons les choses point par point:

1) Les négociations du traité d'union douanière/transfrontalier se poursuivent entre l'UE (la Commission Européenne) et les USA et dont la signature est prévue pour 2016. Nous avons également compris que les "chevilles ouvrières" du côté européen sont la France et l'Allemagne soit Hollande (dont le voyage à Washington a permis de souligner l'empressement) et Merkel.

2) Accord Transfrontalier, euphémisme pour signifier la mise sur pied d'une vaste organisation atlantique marquant une division du travail en nette faveur des USA: tous les secteurs dominants pour ces derniers soit le hi-tech (réseaux, nomadisme, 3D, robotisation), le biotech (dont les OGMs avec Monsanto), la nanotech (médecine), la culture (cinéma, musique, TV dont le modèle Netflix), les énergies renouvelables/propres (on le voit en ce moment dans la convoitise "off the record" de Tesla par Google et Apple), la pharmacie, le complexe militaro-industriel (armements, drones, aéronautiques, navires, radars, satellites,etc) se déverseront sur le marché européen avec en prime (on y vient!) une réorientation stratégique des matières premières par la fracturation hydraulique (gaz de schiste) et l'exploitation des sables bitumineux (dont le Canada sera un acteur essentiel). Les USA veulent s'apprêter à redevenir autosuffisants en énergie et exportateurs nets en produits face à un déficit commercial essentiellement sud-est asiatique (chinois) et un USD devant plus que jamais justifier son statut de monnaie internationale sans quoi elle devra abandonner son monopole pour partager ce rôle avec le yuan voire le rouble! 

Face à ce déluge l'économie européenne se réorientera par la force des choses dans les secteurs traditionnels soit l'automobile et les machines outils pour les allemands et l'aéronautique, le ferroviaire, le maritime pour les français. 

3) La crise ukrainienne pourrait être pour les USA le prétexte à une rupture des relations de l'UE avec la Russie. L'idée serait en effet de mettre à mal la fourniture par la Russie de son pétrole et de son gaz (soit approx 90 Mds€ sur plus de 168 Mds€ d'exports russes) et d'ouvrir de ce fait un marché protégé pour le gaz de schiste US qui sera assurément plus onéreux par son transport maritime et donc moins facile à vendre à des marchés non captifs comme la Chine.  

Le rôle du complexe militaro-industriel US ne doit pas également être écarté: l'idée n'étant évidemment de ne pas faire de guerre mais de vendre l'idée d'un glacis technologique hors UE et otanisé prenant appui dans la partie ouest de l'Ukraine devenant de facto une gigantesque base militaire US (CQFD). La question de savoir comment le Système vendra cela est une autre histoire, tout du moins ils n'opéreront pas à visage découvert mais à travers le gouvernement fantôche pronazi de Kiev. La signature d'un accord de coopération avec l'UE sans attendre les "élections" de Mai pourrait confirmer cette vue (pourquoi attendre en effet?!!).

4) Rupture signifiant pour les russes le retrait de leurs avoirs sur les places occidentales (Wall Street et la City) et une réorientation vers les bourses asiatiques, la vente de leurs Bonds US pour 164 mds$, le non remboursement des prêts avec les banques US et européennes soit une déflagration financière massive et principalement occidentale signifiant immédiatement une chute du dollar et de l'Euro au profit du rouble, du yuan, de valeurs refuge comme le Franc Suisse et une explosion du cours de l'or signifiant tout aussi immédiatement la vente possible de ses treasuries par la Chine et donc un collapsus mondial du Système (financier, économique, industriel). 

En parlant de l'Euro et de sa chute naturelle, je parle également de l'explosion en plein vol de la zone du même nom: comment l'Allemagne peut-elle même envisager l'effondrement de son excédent commercial sans sortir par le haut de l'UE et sauver sa peau?!

5) La question lancinante est donc de savoir si de nouveau nous ne faisons pas face à une entropie à savoir une somme d'effets déstructurant sans autres points de mire que le court-termisme, une analyse tronquée des événements, faussée par un rappel continu à l'Histoire comme si l'Histoire était quelque chose de modélisée et pré-constituée alors que nous sommes toujours et tout le temps dans l'inédit et l'imprévu, dans la nécessité de penser librement des situations/états de fait nouveaux et donc forcément exceptionnels ce qui repose donc la question de la qualité des dirigeants du Système !: savent-ils ce qu'ils font??