mercredi 26 août 2015

Les banques US restent systémiques!

Le Price Earning Ratio est désormais à 24,12 et devrait entamer une baisse dont la durée reste à définir. Pour mémoire, l’effondrement du PER dura pratiquement deux ans à partir de son plafond de mai 2007.

Les opérateurs semblent avoir compris la réalité d’une situation économique que nous avons montrée dès février 2015. Certes, c’est la Chine qui a, en dévaluant son renminbi, fait ce rappel douloureux: les occidentaux se confortaient d’une mise aux normes monétaires du renminbi et de son appréciation inéluctable de par son statut en devenir de monnaie internationale; un renminbi apprécié étant une aubaine pour les produits de l’OCDE de se vendre mieux.

C’était oublier que la Chine ne suit pas les règles du jeu OMC et fait encore du contrôle des changes: une dévaluation permet de maintenir sa balance excédentaire dans le cadre d’un volume d’échanges diminué.

En dessous des 600 points jusqu’au mois de mai, le Baltic Dry Index rebondit vers les 1200 début août profitant sans doute d’un Euro déprécié par rapport au Dollar, puis s’effondre en repassant de nouveau sous les 1000 révélant ce que l’on savait déjà: une reprise ne dépend absolument pas de jeux monétaires sur les changes mais de la structure de la demande de consommation et des revenus du travail qui la détermine.

Si le PER baisse, cela signifie que la valeur de l’action fléchit, entrainée par la prise de conscience que les profits ne correspondent pas au cours échangé (on l’a vu récemment avec Snapchat). Dans cette perspective, il se peut même que la baisse du PER ralentisse soit en clair une diminution des bénéfices !

Lorsque les actions baissent, toutes les entreprises cotées rencontrent plus de difficultés à se faire financer et à émettre des obligations à des taux bas. Elles seront au contraire contraintes à remonter leurs taux faisant vaciller des marchés obligataires submergés de titres aux rendements quasi-nuls (sauf à ce que la Fed lance un nouveau QE achevant de  décrédibiliser le Système).

Une facilitation monétaire ne fera en effet que souligner l’absence de croissance réelle de l’économie: le marché finirait par se crasher avec l’aide bien sûr des CDS.

Si les défauts ou les risques de défauts augmentent, les primes des CDS émis seront relevées d’une part pour permettre aux émetteurs d’accroitre leurs bénéfices mais aussi pour garantir aux assurés le remboursement de la valeur de l’obligation ou une partie de celle-ci.

Prenons un exemple : je suis l’entreprise NOIR et je souhaite me faire financer sur les marchés, ceux-ci étant dans une phase déflationniste avec un risque de réduction de mon bénéfice; j’ai pourtant le besoin de financer l’investissement nécessaire à la production de machines-outils répondant aux nouvelles normes européennes. 

J’émets donc sur le S&P 500 une obligation de 5M USD avec un taux plus élevé que précédemment parce que les résultats annoncés de l’entreprise s’annoncent moins bons que prévus.

Un investisseur, l’établissement financier BLEU souscrit à cette obligation et me verse mes 5M. Je lui verse chaque année un % de cette somme dit coupon. BLEU n’ayant pas confiance dans les perspectives du marché et dans la solidité financière de NOIR décide de s’assurer par un CDS si NOIR ne rembourse pas ces 5M.

BLEU fait appel à un vendeur de CDS, la banque ROUGE. ROUGE promet de rembourser les 5M à BLEU si NOIR fait faillite contre une prime d’assurance correspondant à un % du montant de l’obligation, ce % sera élevé car les perspectives sont mauvaises.

Pour BLEU, l’intérêt est désormais double: soit NOIR surmonte la crise et rembourse les 5M à BLEU soit NOIR ne peut pas rembourser et BLEU se fera rembourser ces 5M par ROUGE tout en lui remettant la créance qu’elle détenait sur NOIR.

Pour ROUGE, tant que NOIR est solvable, elle va toucher des primes alors qu’elle n’a absolument pas investi un dollar dans NOIR. Si NOIR fait faillite, elle devra verser les 5M USD à BLEU mais récupérera la créance envers NOIR pour pouvoir se faire elle-même rembourser. 

Dans ce schéma, nous voyons bien des intérêts contraires à l’œuvre. Certains opérateurs (les entreprises) ont intérêt à ce que le marché monte. Les prêteurs quant à eux sont totalement indifférents à la hausse ou baisse du marché: ils gagnent dans les deux cas de figure en empochant les intérêts de l’obligation (si le marché monte) ou en étant remboursé de celle-ci plus les intérêts déjà encaissés si le marché baisse.

Enfin pour les vendeurs de CDS, ils se retrouvent également dans une situation gagnante des deux côtés:

- le marché monte et ils auront empochés des primes d’assurances,

- le marché baisse, ils récupéreront une créance plus les primes déjà versées !!

Vous l’avez compris, les CDS font partie de ce que l’on nomme les dérivés d’autant qu’en réalité les CDS sont « naked » : l’acheteur de CDS n’a pas besoin d’être le titulaire de l’obligation. Il verse des primes pour une obligation qu’il ne possède pas, pour un risque qu’il ne supporte pas: tout l’intérêt réside dans une spéculation sur la valeur remboursée qui sera estimée dans le CDS.

Nous le voyons ici, les CDS ont permis un décuplement du volume des transactions par une exacerbation de la spéculation à la hausse ou à la baisse des marchés : dans les deux cas, les vendeurs et acheteurs de CDS comme les souscripteurs d’obligations sont tout le temps gagnants et appartiennent à la même famille d’opérateurs : les banques…

Si elles sont totalement gagnantes, pourquoi Lehman Brothers a-t-elle fait faillite? Simplement parce que si les actions et obligations baissent trop, le système dérape et implose. Il ne peut reposer trop longtemps sur des titres sans valeur concrète sauf à ce que la banque centrale n’intervienne une nouvelle fois.

Par exemple si le vendeur de CDS voit qu’il devra rembourser de plus en plus tout en récupérant une obligation dont il aura du mal à en avoir l’équivalent en cash verra son profit diminuer rapidement.

Idem pour le souscripteur de l’obligation qui verra de plus son profit diminuer si les primes des CDS augmentent. Si en outre les faillites augmentent, les vendeurs de CDS comme les souscripteurs d’obligations se retrouveront avec des avoirs qui n’en sont plus vraiment, ne correspondant plus à une activité réelle. A un moment donné, le système s’arrêtera et c’est ce qu’il a fait sans l’intervention de la FED en 2008/2009.

En 2012 les 6 plus grandes banques US étaient catégorisées « systémiques » (voir classement du Financial Stability Board ci-dessous) c’est-à-dire que la faillite de l’une d’elle peut entraîner une implosion du Système.

En 2014, elles sont toujours classées systémiques à la différence près que le montant des dérivés qu’elle possède à continuer de croitre ! Si l’on prend par exemple Goldman Sachs, leurs avoirs étaient de 938 Mds USD en 2012 pour diminuer à 856 en 2014 mais leurs dérivés sont passés de 44 352 Mds USD en 2012  à 57 312 Mds USD en 2014 !!
Bref une fois de plus, le marché s’écroulera par les banques.

Sources:



  

vendredi 21 août 2015

Le marché est-il en train de basculer?

Le PER (Shiller ratio) est aujourd'hui à 25,58 soit le quatrième jour de baisse. Comme nous l'avions dit, nous aurons soit une courbe en forme de plateau avec un PER autour de 26 pendant un temps soit le PER bascule vers un plancher encore indéterminé.  

Aussi notable est le cours de l'or. Nous assistons à une remontée du cours de 1117 USD l'once  au 18 août à 1155 USD ce jour soit une augmentation de 3,40% en trois jours. 

S'agit-il d'une hausse durable sachant que ce cours reste dans sa baisse largement manipulée par la FED. Si la hausse perdure, cela voudra dire que l'or perd son caractère de "commodity", de marchandise pour redevenir ce qu'il a toujours été, une valeur refuge. Autrement dit, si le cours remonte, cela signifie qu'il y a crainte des opérateurs sur les marchés actions et obligations. 

Le S&P tend à s'écrouler lourdement, passant de 2102 au 17 août à 2010 ce jour soit une baisse de 4,38% en quatre jours. 

Tyler Durden dans Zerohedge (http://www.zerohedge.com/news/2015-08-21/was-most-important-line-equity-market-just-broken) parle de point de rupture aujourd'hui en se référant à la Value Line Geometric Composite (VLGC) soit l'indice alternatif au S&P 500 pointant la moyenne géométrique des variations quotidiennes de 1700 valeurs (sociétés)  et passant aujourd'hui sous la courbe de tendance depuis le plancher de 2009.


 Nous verrons si tout cela se confirme la semaine prochaine.  

jeudi 20 août 2015

Anticipation sur les marchés actions via le PER.


Pour mémoire, le Price Earning Ratio ou PER est le rapport entre la valeur de l’action d’une société et son bénéfice net. Quand le ratio monte, cela signifie que la valeur de l’action s’apprécie beaucoup plus que la valeur réelle de l’entreprise, soit dit autrement:la valeur boursière est plus élevée que ce que rapporte réellement celle-ci. Il se peut même qu’il y ait pour un temps une déconnection entre la baisse du bénéfice et la valeur de l’action, l’écart pouvant provenir de prospectives positives à terme, de rachats, etc.

Si le ratio reste constant cela signifie que les deux valeurs sont corrélées. Si le ratio baisse, cela signifie que l’entreprise est appréciée à sa juste valeur mais aussi que son bénéfice baisse voire qu’il y ait des pertes ou des prospectives négatives.

Le PER calculé par le Pr Shiller prend en compte une moyenne du bénéfice des dix dernières années moins l’inflation. Il nous donne une vision relativement pertinente de l’évolution du S&P depuis le début des années 80 et nous permet d’envisager un crash (ou non) du Système.

Un ratio correct se situe entre 15 et 20 points; au-delà, nous entrons dans une phase spéculative. Un petit rappel chronologique nous permet de faire une prospective, à tout le moins d’énoncer quelques alternatives ayant trait à l’évolution du PER sur une longue période.


1) Le 11 Janvier 1994: entrée dans une zone spéculative à 21,41, PER qui s’est maintenu  un peu plus d’un an en plateau jusqu’à avril 95 (21,64).


2) Croissance continue du PER pendant quatre ans jusqu’à décembre 1999 atteignant un pic inédit depuis 1929 de 44,19.


3) Chute du PER en quatre ans pour retomber à 21,31 en mars 2003.


4) Au 1er janvier 2004, le PER se stabilisait à 27,66 pour y rester 3 ans et 3 mois jusqu’à mai 2007 avant de s’effondrer.


5) Spéculation depuis les premiers mois de 2010 (21,80 en avril de cette année) après une croissance continue de 13 mois à partir du plancher de mars 2009 à 13,32.


6) En février 2015 nous retrouvons le même pic qu’en mai 2007 (27,55), lequel s’est mué depuis en plateau jusqu’à aujourd’hui. Une suite de rebonds/fléchissements de faible ampleur (26,40 au 19/08 contre 26 au 1/07/15, 26,85 en mai contre 26,79 en avril) constelle cette ligne et peut se transformer en une baisse assez lente dans un premier temps puis accélérée dans un second. Nous étions en effet à 26,50 au 17/08, à 26,40 au 19/08 et à 26,37 au 20/08.  Attendons encore quelques jours/semaines pour pouvoir confirmer cette tendance.


Quelle conclusion tirer de cette chronologie? Le S&P (et les autres marchés qui y sont corrélés) a atteint son pic et n’ira pas plus haut dans les mois prochains car si tel avait été le cas, le PER aurait continué à grimper en février.

Une double question se pose donc:

- Combien de temps le S&P restera-t-il à cette hauteur ?

- Et à la pointe de ce plateau, va-t-il augmenter ou baisser ?

Les réponses dépendront des facteurs suivants:

1) La prise de conscience par les marchés de l’impact d’une inflation nulle et de la baisse de volume du commerce mondial sur le bénéfice.


2) La mise en place d’un quatrième QE pouvant éventuellement prolonger la phase de spéculation.


3) L’organisation monétaire des BRICS à savoir:

- le rôle du renminbi par rapport au dollar,

- la question de l’or ,

soit les deux enjeux auxquels la Chine et la Russie devront faire face appellent trois questions:

- Est-ce que les BRICS créeront un nouvel étalon monétaire assis sur l’or ?


- Est-ce que le renminbi deviendra une monnaie internationale donc constamment valorisée et jouant à la baisse sur les exportations chinoises ou la Chine continuera-t-elle d’utiliser le dollar et d’être dépendante des USA en contradiction ultime avec le système BRICS ?


- Quelle sera la position de la Russie quant à la fluctuation de sa monnaie par rapport au dollar et à une intégration plus forte de ses exportations au sein des BRICS en rivalité avec l’OPEP?

 



mercredi 12 août 2015

Chronique d’un krach annoncé (regard sur les CDS)

Pour illustrer le délitement en cours du Système, le « Credit Default Swap » ou CDS se révèle un indice financier pertinent que je n’avais pas mis en évidence jusqu’ici. Je me permets donc de corriger cette carence par l’analyse suivante.

A partir de l’existence d’une obligation, titre émis par un emprunteur (Etat, entreprises, établissements financiers) à des souscripteurs (prêteurs) échangeable sans formalité, de gré à gré ou en bourse, le créancier peut se couvrir contre un risque d’impayé (banqueroute, moratoire, restructuration) via un CDS. Il s'agit , en quelque sorte, d'un contrat d’assurance, lui-même négociable et côté en bourse comme toute valeur mobilière.

Au milieu des années 90, JP Morgan et sa responsable du service « dérivé » la sémillante Blythe Masters https://fr.wikipedia.org/wiki/Credit_default_swap) ont créé ce produit dans lequel l’assuré créancier de l’obligation paie une prime (dit prix ou « spread ») pour se faire rembourser en cas de défaut du montant (dit notionnel) de l’obligation. Plus le risque du débiteur est grand, plus la prime (1) est élevée. Inversement, plus le risque diminue, plus la prime est faible.

Que le risque concerne un Etat ou une entreprise, nous voyons immédiatement que le CDS est un bon indicateur des tendances en cours que avons tentées de décrire dans les articles précédents. Sachant qu’un Etat ayant une bonne capacité d’emprunt et de financement induit un spread entre 0 et 100 points, nous pouvons dès lors analyser les principaux acteurs du commerce mondial par zones.

A première vue, pour le mois de juillet, les primes CDS sur 5 ans (source Markit) sont en augmentation sur la zone Amérique Latine resserrée aux Venezuela, Brésil, Argentine, Uruguay et Chili. Ce relèvement du risque n’est cependant pas justifié par les dettes publiques, celles-ci  ayant des ratios tout à fait acceptables à la fin 2014, début 2015: 50% du PIB pour le Mexique, plus de 65% pour le Brésil, 45,6% pour le Venezuela, 38% pour la Colombie, 45,6% pour le Panama. En réalité, la négociation des CDS se fixe sur les taux d’inflation qui atteignent des proportions alarmantes telles 65% pour le Venezuela, plus de 21% pour l’Argentine depuis janvier selon que la source est l’INDEC(2) ou plus de 40,5% selon des sources privées depuis la dépréciation de 35% de la monnaie à partir de la mi-2013 (rapporté par le service « Economic Research » de la BNP).

On trouve dans une moindre mesure des taux relativement importants au  Brésil à 8,89% à la fin juin 2015 (le CDS est à 300 points de bases contre 228 en avril 2015 et 151 à la mi-2014) mais une inflation contrôlée au Mexique avec 2,87%, en Colombie avec 2,9% à la fin 2014, au Panama avec 2,6% ce qui explique la baisse des CDS pour ces derniers pays.

Le risque souverain existe donc par la monnaie: celle-ci se dépréciant dans son rapport aux devises étrangères, l’économie nationale subit une perte de valeur se traduisant par des coûts  de production/importations et un renchérissement des prix, cycle dès lors récessif entrainant une baisse de la demande et une augmentation du chômage ce qui est le cas pour l’Argentine depuis le troisième trimestre 2014 et ce, malgré un rebond de 1,5% début 2015.

Le CDS peut être une bonne mesure d’une dérive, d’un long dérapage des autorités monétaires, sans frein et sans direction vers le point de rupture de l’hyperinflation, crise de confiance dans la monnaie se traduisant par des taux dépassant les 100% d’inflation et une substitution des monnaies étrangères ou des métaux précieux. Les CDS sur l’Argentine à la mi-juin 2014 étaient à plus de 2500 points de base pour se maintenir par la suite dans une fourchette entre 1500 et 2000 points (à noter que les CDS d’un an avaient pris plus de 2500 points entre la mi et la fin juillet !).

Par contraste, le Venezuela avec 5970 points au 7 août et une récession de plus de -4% dérive vers ce fameux point de rupture. 

Au risque de me répéter, une monnaie dépréciée impacte tôt ou tard les finances publiques par une baisse concomitante des rentrées fiscales (faillites d’entreprises via le renchérissement des coûts et la baisse de la demande) et une hausse de la dépense en vue du maintien des infrastructures de l’Etat tant nationales qu’internationales.  Et pour cause, en un mois, le spread vénézuélien a pris plus de 1170 points. 

L’Argentine et le Venezuela constituent l’apex d’une situation sud-américaine tendant vers la maîtrise de son inflation. Le Chili et l’Uruguay ont des CDS dépassant respectivement les barres des 100 points et 310 points pour des taux d’inflation de 4,42% et de 9%, l’économie de l’Uruguay se ralentissant mais restant parfaitement sous contrôle dans une zone caractérisée par des politiques publiques corrompues empêchant toute bonne circulation du capital et profitant de facto aux entreprises étrangères principalement américaines mais aussi chinoises(3) et russes (particulièrement depuis l’embargo)(4) pour des investissements sous valorisés.

Tant que ces problèmes de maitrise de monnaies et d’investissements ne seront pas résolus,  l’Amérique latine restera une proie pour les entreprises étrangères. Sans embauche et sans dynamique fiscale, ces économies resteront dépendantes de leurs avantages naturels mais ceux-ci ne seront en rien un moteur de croissance. Sans relais/soutien dans l’économie comme nous l’avons vu pour l’Administration Chavez, la chute du brut n’étant pas dans ce cas la cause réelle de la récession du Venezuela, le contre-exemple étant la Russie.

La Russie se rétablit avec un CDS en baisse autour des 300 points (215 à la mi-2014), niveau étrangement élevé au regard de réserves de changes, d’or et d’énergies fossiles sans commune mesure avec le reste du monde. L’échec de l’attaque spéculative sur le rouble n’est que le révélateur de cet état de fait, le montant du spread ne reflétant en fin de compte que le niveau des sanctions contre l’économie russe et in fine un statuquo géopolitique.

De même, les énormes réserves de devises et d’or de la Chine et un renminbi s’appréciant internationalement contribuent à une valeur totale de CDS émis de 14,1 Mds USD à la mi-2014 soit un spread à moins de 80 à la fin 2014. Les CDS ont pourtant repassé la barre des 100 (101,6) au mois d’aout 2015 et augmenté de 8,21% depuis la fin juin et de 33,68 % depuis la mi-2014.

Cette hausse ne peut totalement s’expliquer par la baisse de croissance du PIB mais plus sûrement par la diminution des réserves de change et la vente des « US Treasuries » (cf article précédent) ce qui traduit un changement de cap dans les orientations économiques de Beijing, un cap désormais tourné vers la relation sino-russe, un commerce ouvert au renminbi et une diversification dans la répartition des créances souveraines. 

Tournons-nous maintenant vers la zone Euro: les CDS baissent alors que la zone est rongée par les dettes publiques et une stagflation persistante. Seule la BCE sustente le système par un financement hypertrophié au bénéfice des méga-banques européennes et américaines.

Plus précisément, l’Espagne se rapproche des 100 points pour une dette de près de 100% (sans l'addition des dettes des régions), l’Italie a dépassé les 112 points pour une dette de plus de 132%, le Portugal atteint les 164 points pour plus de 130% d’endettement public tandis que la Grèce a dépassé les 1900 points quand le déficit public est alourdi par près de 180% d’obligations envers des créanciers essentiellement privés.

Il apparaît que la moyenne des CDS (Allemagne, France, Espagne, Grèce, Italie,  Belgique, Pays bas, Irlande et Portugal) s'élève à 290 points soit pratiquement l’équivalent du Brésil et de la Russie). Si je rajoute la Suède et le Royaume-Uni, la moyenne tombe à 240. Si bien entendu, j’enlève la Grèce, la Grande Bretagne et la Suède,  nous retombons à 66 points ce qui nous ramène aux normes d’un risque de défaut faible mais dois-je le faire pour autant?

Nous sommes ici dans une situation délicate dans laquelle un artifice financier, les QEs de la BCE, soutient une zone endettée en moyenne à plus de 90% du PIB avec cependant quelques Etats vertueux comme les Pays-Bas avec 70% ou l’Allemagne avec + de 75%, je mets en effet de côté les Etats sans signification économique à eux seuls comme le Luxembourg, l’Estonie ou la Roumanie.

Quant aux USA, le spread est à 16 pour une dette publique dépassant les 110% début 2015 (sans prendre en compte les dettes cumulées des Etats fédérés), une inflation proche du nul voire négative (cf les chiffres en février 2015) et une population précarisée à 97%. Tout le système repose donc sur le dollar et, au regard de ce que nous avons vu avec la Chine dans le dernier article, tout peut basculer vers un retour aux puissances traditionnelles ancrées dans des devises aux valeurs assises sur les métaux précieux.

Les CDS souverains sont un indicateur certes intéressant mais insuffisant sans une compréhension complète des mécanismes d’endettements publics et de politiques monétaires. Seule l’approche géoéconomique nous offre une lecture des rapports de force en cours dont les acteurs émergeants que sont la Chine, la Russie et dans une moindre mesure le Brésil et l’Inde lesquels renouvellent ultima fine les critères du risque.

Inversement, le choix de soutenir des économies par des « facilitations » monétaires reste perçu par les opérateurs seulement sous l’angle de la puissance reconnue des Etats-Unis et de son vassal européen mais rien en l’état ne justifie ce contraste entre des primes faibles et des dettes astronomiques, entre une inflation nulle et des déficits commerciaux. Là encore le rapport de force est sous-jacent et c’est bien ce qui nous inquiète dans ces années charnières.  

 
(1) prime exprimée en points de base, un point de base valant 0,01%: par exemple si le CDS a un spread de 976 points de base pour un contrat de 1M USD, la prime annuelle sera de 97600 USD. Voir le blog des masters 111 et 211 de l’Université de Dauphine 








lundi 3 août 2015

Panique à bord, la Chine se débarrasse de ses bons du Trésor US !
(et ses réserves de change fondent « comme au neige au soleil »)


Si les médias français sont comme à leur habitude préoccupés par la météo des plages et les kilomètres de bouchons sur les autoroutes françaises, les journalistes de Zerohedge (ZH) ont choisi de nous interpeller ce 22 juillet sur ce qui se passe en Chine.

En juin dernier, la banque centrale de Chine (« People Bank Of China » ou POBC) a publié son compte de réserves de change (devises dont principalement des US dollars mais aussi et dans une moindre mesure des Euros et des Livres Sterling) indiquant un solde de 3694 Mds USD autrement dit une baisse mensuelle de 0,46% ou 17,3 Mds USD.

Ce pourcentage, me diriez-vous, ne vous semble pas extraordinaire excepté que… de janvier à avril de cette année le courtier de la PBOC en Europe, la « Belgium Treasury Holding » en accord avec Euroclear (https://fr.wikipedia.org/wiki/Euroclear) avait déjà vendu approx.163 Mds USD de bons du Trésor US (« US Treasuries »), le stock de la PBOC passant en cinq mois de 1590 Mds USD à 1427 Mds USD. Les médias avaient pourtant annoncé une augmentation de ces mêmes bons de 3,28% passant de 1230 Mds début mars à 1270,3 Mds USD en avril tout en se gardant bien de nous révéler la vente de tels titres par la filiale européenne de la POBC !

Le rapport avec les réserves de change, pourriez-vous me demander ? Un point à savoir: l’excédent commercial chinois est en principe réglé en dollar US, ces mêmes dollars sont ensuite réinvestis dans les T-Bonds US. L’excédent doit en principe accroître la quantité d’USD détenus par la PBOC, d’autant plus si elle revend des bons à une maturité et montant donnés contre d’autres bons, cette quantité ne peut que s’accroître.

En clair et jusqu’à présent, la Chine n’utilise sa monnaie nationale que pour son marché intérieur; l’international, importations ou exportations sont une source de devises et plus précisément de dollars. Partant de ce constat, que se passe-t-il réellement quand les devises et les avoirs libellés en USD baissent ? 
    
Revenons à nos bons du Trésor : 142,5 Mds USD ont été vendus en trois mois entre Mars et Mai, quantité à première vue inhabituelle et en contradiction avec ce qui a été annoncé officiellement.

Selon l’analyste de JPMorgan (JPM), Nikoleos Panigirtzoglou, auteur du livre « Flows & Liquidity dont le commentaire est repris par Zerohedge, les réserves de change ont baissé de 50 Mds USD au deuxième trimestre soit une baisse totale de 160 Mds de devises entre le troisième trimestre 2014 et le deuxième trimestre 2015.

Il s’agit bien selon lui d’une fuite de capitaux hors de Chine pour le 5ème trimestre d’affilé et rappelle que ces 142 Mds USD du deuxième trimestre sont à peu près équivalent à ce qui est sorti au premier trimestre soit une fuite de……. 520 Mds USD sur les cinq derniers trimestres (en englobant cependant dans ce chiffre les bons US et tout ce qui y est affilié et libellé en USD) ce qui permet à Tyler Durden de Zerohedge de conclure que la baisse des actions sur les places chinoises est un leurre. On peut cependant en tirer la conclusion provisoire que la Chine se fait désormais payer en renminbi et qu’elle vend d’autres avoirs libellés en USD que des « Treasuries » US. 

Cité par ZH, Goldman Sachs (GS) nous rappelle que l’excédent commercial chinois était de 260Mds USD au premier semestre 2015, nouveau record si on le compare au 100 Mds USD du premier semestre 2014 et au 75Mds de la même période sur les sept dernières années.

Une fois encore, on peut en déduire le trait suivant: si les marchandises chinoises sont payées en dollars, les réserves de change ne peuvent qu’augmenter sauf si elles sont converties en renminbi ou mieux, si ces produits sont payés en renminbi. Fort de cette dernière hypothèse, plus le renminbi s’appréciera et sera utilisée dans les transactions internationales, moins il sera nécessaire d’avoir de grosse quantité de devises par la banque centrale.

Autre constat: il est vrai que les importations ont augmenté accroissant la réserve de change mais au vu de la faible amplitude de ces achats de produits étrangers,  la magnitude de cette fuite de capitaux ne peut s’expliquer sous cet angle.

GS nous rappelle que de la fin mars à la fin juin 2015, les réserves ont diminuées de 37Mds USD.

De janvier à fin mars, celles-ci ont diminué de 83Mds principalement dû à la baisse de l’Euro dans les comptes de la PBOC. A l’inverse, la diminution de 37 Mds USD d’avril à fin juin conjuguée à la remontée de la monnaie européenne a entrainé une perte de change de 48Mds USD ce qui nous donne une fuite totale de 85 Mds USD.

L’excédent commercial étant de 140 Mds USD convertis en renminbi, GS les ajoute aux 85 Mds donnant une somme finale de -225 Mds USD que l’on peut arrondir à 200 Mds USD si l’on inclut le déficit des services.

200 Mds USD au second trimestre contre 83 Mds au premier trimestre, il s’agit une fois de plus d’une baisse inédite.

Multiplions par quatre ces 200-225 Mds, et nous obtenons 1000 Mds de pertes annuelles, d’où l’interrogation légitime de ZH sur la santé réelle de l’économie chinoise, son marché actions et le contrôle des capitaux qui reste en principe subordonné à une réglementation stricte.

Selon GS, le marché actions doit s’ajuster mais le point de renversement n’est cependant pas encore arrivé. Tyler Durden souligne d’ailleurs que les réserves en Chine ont toujours été excédentaires: un changement de cet état de fait serait-il la source de la baisse des places chinoises?

De même pertes de devises et ventes de « US treasuries » en un semestre ne doivent pas masquer le fait que Beijing possède quelques 1300 Mds USD d’US bonds mais une double interrogation se pose in fine:

- Qu’arrivera-t-il à ces bons si à maturité il n’y a plus d’acheteurs?

- Combien de bons la Chine peut encore vendre avant que le monde entier s’en aperçoive en dehors bien sûr de JPM, GS et ZH ?

Si la vente des bons ne fait que commencer, quelle sera la stratégie de la FED se demande Tyler Durden? Il sera évidemment inutile d’augmenter les taux de la FED si le marché reçoit des centaines de milliards de bons dans un marché financier sous perfusion de liquidités ! Se dirige-t-on vers un QE4 ??

Courant 2014, faut-il le rappeler, la Chine avait annoncé qu’elle allait cesser d’augmenter ses réserves d’or et de dollars US signifiant pour Dmitry Kalinichenko sur le Cercle des Volontaires qu’au regard du déficit américain en provenance de Chine (-324 Mds USD en 2014 pour le commerce de marchandises), la Chine arrêterait de payer en USD ne provoquant par ailleurs aucune réaction des médias à l’époque. Comme je l’ai évoqué au début de l’article, les dollars US continueront d’être acceptés mais seront immédiatement convertis en renminbi, en or ou autres devises.

L’impact premier de ne plus acheter de bons du Trésor US avec des dollars est de facto de réduire la capacité de financement du Trésor US. Le changement de stratégie (voir plus haut) de se faire payer en renminbi contribuera à assécher la souscription de bons. Il est aussi fort possible que Beijing se fasse payer également en or physique comme le fait déjà la Russie ce qui repose le problème d’un marché de l’or physique aux dimensions microscopiques (280 Millions d’or livrés par mois) au regard de l’ampleur des échanges mondiaux. Un tarissement du financement du Trésor et du déficit commercial des USA par la montée en puissance du renminbi, de l’or physique et de l’alliance Russie-Chine sous couvert de BRICS correspond à un changement de paradigme.

Depuis 2011, la Chine est vendeuse nette de bons avec 45 Mds USD et 89 Mds USD en août et décembre 2011, période à laquelle correspondait le relèvement du plafond de la dette US. Depuis cette date, la Chine n’achète plus de bons par le recyclage de ses USD provenant de son excédent commercial. Ses détentions d’or physique se sont par contre accrues de 600mt tel qu’il a été annoncé courant juillet 2015 soit au total 3510 mt d’or selon Bloomberg !

Est-ce que la Chine redoute une augmentation du déficit US et donc un relèvement des taux ce qui ferait baissait la valeur des obligations qu’elle détient et l’obligerait à les convertir d’abord en USD, puis en renminbi ? Ni GS ni JPM ne peuvent répondre à cette simple question.

On peut spéculer sur d’autres indices comme la chute du DAX à Francfort de près de 6% en une semaine. Serait-ce un signal de l’économie allemande consciente de ce qui se passe en Chine, de ce retournement de tendances de l’économie mondiale ?

Joseph Farrell sur son blog soumet une hypothèse des plus intéressantes. Et si la FED était en train d’acheter les bons vendus par la Chine via ses QEs? Il nous rappelle que le gouvernement Tanaka (premier ministre du Japon du 7 juin 1972 au 9 décembre 1974), devant l’arrivée à maturité des bons du Trésor et comprenant que les finances publiques n’étaient pas en mesure de rembourser ses créanciers décida d’émettre de nouveaux bons. Ces derniers devaient remplacer ceux existants mais comportaient de tels vices de forme que les autorités finiraient par les déclarer nuls. En réalité les détenteurs de ces nouveaux titres purent se les faire rembourser mais contre un discount si important qu’ils en devenaient une aubaine pour le gouvernement et… une méga-escroquerie pour les détenteurs… S’agit-il du même cas de figure? Les bons US détenus par la Chine comportent-ils de tels vices que celle-ci chercherait à s’en débarrasser en acceptant un rabais sur le prix de rachat ?

Il reste qu’une telle hypothèse porterait atteinte à la crédibilité des USA et que cette crédibilité est un élément essentiel de l’opération de séduction de la POBC par les diplomates américains pour le financement du Trésor. L’hypothèse d’un désengagement progressif de la Chine d’une économie mondiale dominée par les USA n’est pas à exclure: la volonté de se recentrer sur sa propre monnaie, elle-même assise sur des excédents commerciaux importants, sur l’or physique et sur des rapports commerciaux redéfinis autour de la fourniture de matières premières essentielles avec la Russie mais aussi avec l’Afrique et le reste des BRICS (voir les articles précédents sur «the Great Silk Road »).

Cette perspective doit toutefois être tempérée: l’excédent commercial reste essentiellement financé par les américains et les européens et il serait hasardeux d’envisager une rupture brutale de la Chine avec le système US.

La montée en puissance du renminbi devrait, quoiqu’il en soit, permettre à la Chine d’avoir une position décisionnaire dans le commerce mondial et de moins dépendre des dollars US. Pour preuve l’émission d’obligations souveraines et privées en renminbi au Royaume Uni, en Allemagne, Hong Kong et Singapour signifie aussi que les bons US seront très probablement libellés en renminbi.

D’où l’ultime question posée par ZH: que se passera-t-il quand les acheteurs de T-Bonds arrêteront leurs souscriptions devant ce déferlement de titres vendus par la Chine?

Sources:


   

  



mardi 28 juillet 2015

Baisse de l’Euro: explication en trois points


L’évolution de l’Euro depuis 2011 tend à prendre une forme en W, un W qui serait amputé pour le moins de sa dernière branche.

Du 29 avril 2011 au 20 juillet 2012 le cours Euro/Dollar passe de 1,48 USD à 1,21 USD avant de remonter autour de 1,37 USD le 21/03/2014 et fléchir vers un seuil de 1,04USD le 13/03/2015. Il s’y maintient depuis autour de 1,09USD (24/07).

Cette baisse peut se décomposer en deux temps: une phase lente entre avril et août 2014 avec un cours restant au-delà des 1,34USD et une phase abrupte de la mi-2014 jusqu’au mois de mars 2015.

Comment dès lors expliquer le paradoxe suivant: les exportations de la zone euro sont en pleine croissance et dans le même temps la monnaie européenne ne se valorise pas. Plus précisément comment se fait-il que l’Allemagne ait enregistré un excédent commercial entre 2013 et 2014 de +11,4% induisant celui de l’Euro-zone de +17,45% alors que l’euro s’est déprécié pendant 9 mois continus en 2014 ? 


I- La remontée du dollar dans son attaque sur le rouble


Il y a d’abord une baisse technique à l’euro: entre la mi-2014 et ce début d’année sur fond de crise géopolitique USA-OTAN/Donbass-Russie les fonds d’investissement ont revendu de forte quantité de roubles contre des dollars, renchérissant celui-ci sur les places financières. De 34,89 roubles au 30 mai 2014 à 69,4 roubles au 30 janvier 2015, la hausse a été continue avant de fléchir début février pour toucher les 50 roubles au 22 mai. Le dollar a depuis repris de la vigueur pour atteindre les 58,59 roubles au 24 juillet.

Pendant tout le premier semestre 2014 le dollar s’apprécia contre le rouble et par extension contre l’Euro. La monnaie américaine fit l’objet d’achats massifs valorisant son cours contre des monnaies fortes comme l’Euro (celui-ci  passa de 1,37 à 1,24 USD soit - 9,5%) ou le Franc Suisse (0,78 francs au 14 mars 2014 à 1,01 francs au 9 janvier 2015 soit une baisse de 16%!).  


II- La politique monétaire de la BCE


En annonçant un programme de prêts de 1000 Mds€ d’ici septembre 2016 à raison de 60 Mds€/mois, la BCE lance une vaste opération de refinancement des banques privées avec des termes pouvant allant jusqu’à 2018.

Targeted Long Term Refinancing Operations (T-LTRO) est la désignation officielle d’un emprunt des banques à la BCE à un taux abaissé en mars 2015 à 0,05% contre garanties (« collateral ») privées. De même, la BCE s’engage à poursuivre des prêts à très courte échéance dit MRO (Main Refinancing Operations).

Le  24 septembre 2014, la BCE a lancé sept opérations T-LTRO d’une valeur totale s’élevant à 463 Mds€ (plus un prêt MRO à 7 jours de 75 Mds€) ce qui correspond à la baisse de l’Euro début septembre 2014. Pour mémoire, on était à 1,35 USD au 8 août 2014, on passe à 1,25USD au 3 octobre soit une baisse de -7,41% !

La crise grecque aidant, la BCE a racheté aux banques 504 Millions€ de dettes publiques sur le marché secondaire à travers ce qu’elle appelle des Opérations Monétaires sur Titres (ou Outright Monetary Transactions).

Au total, des 211 Mds€ du dernier trimestre 2014, nous sommes passés à partir de mars 2015 à plus de 327 Mds€ en incluant MRO et OMT ce qui fit chuter l’Euro à une quasi-parité avec le dollar.


III Mesures « austéritaires » et limites


Ce programme de QE à l’européenne répond avant tout à un besoin systémique de financement des banques. Elles sont obligées, dans une optique de court-terme et de marges commerciales décuplées, de spéculer sur des dérivés dont les sous-jacents ne peuvent être que des éléments d’un patrimoine quant à lui bien réel.

Actions et obligations correspondent à des entreprises dont les performances prennent en compte non pas des perspectives de places financières mais l’évolution d’une demande donnée pour un produit en particulier.

Les garanties à toutes ces transactions ne peuvent être que des avoirs dont la valeur ne se déprécie que faiblement dans le temps, dont la volatilité reste faible ce qui est le cas de l’immobilier, de l’or et des bons du Trésor. Il est ainsi crucial pour le Système de ne pas spéculer sur tout, que l’immobilier et l’or ne deviennent pas des « commodities » à l’instar des actions ou des obligations et de garder une partie de ce tout comme contrepartie ultime à la survalorisation des actifs.

La BCE, telle une FED aux petits pieds se doit d’injecter de la liquidité à des taux quasi-nuls à la seule condition de récupérer dans son actif des avoirs de qualité: immobilier, métaux précieux et bons du Trésor.

Je ne m’attarderai pas sur l’or sauf à dire que les Etats membres et la BCE cherchent à récupérer ce qu’ils peuvent et se félicitent de la baisse artificielle des cours organisée par la FED, l’or redevenant une valeur de référence et non plus un objectif de spéculation. (cf http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/07/placementor-fuir-sinous-observons.html?spref=tw)

L’immobilier reste spéculatif principalement sur le commercial, les faibles taux ayant découragé les banques de prêter aux ménages ce qui était un effet connexe recherché. La lutte contre ces bulles consiste à redonner une valeur réelle aux avoirs afin que ceux-ci servent de collatéraux aux transactions financières.

Enfin, les bons du Trésor induisent des Etats aux finances publiques saines et on ne peut comprendre l’austérité que dans cette perspective.

En réduisant les dépenses publiques, en faisant passer ce qui était l’apanage du secteur public au secteur privé, les Etats réalisent un double profit:

-       Celui, d’une part, de réduire la dépense (dont les intérêts de la dette sont une partie importante) et

-       d’encaisser, d’autre part, le prix de vente de biens et d’établissements publics. Il va sans dire que l’objectif est de poursuivre le relèvement des recettes fiscales pour là encore répondre aux objectifs de déficits imposés par le Traité de Lisbonne.

L’hypothèse d’un Euro sous la barre des 1 USD reste faible sauf à pénaliser les balances commerciales de la Zone, Allemagne en tête. Une alternative dans cette perspective serait une plus grande production et intégration économique: la réduction des coûts de la main d’œuvre serait poursuivie par la mise en place d’une sous-traitance plus avancée dans ce qui constituerait une confusion à peine dissimulée entre un Etat membre et une organisation supranationale. Pour le dire autrement, plus l’Euro baissera, plus l’intégration de l’UE sous emprise allemande sera forte.

Cette hypothèse est aussi combattue par l’argument d’un dollar non surévalué. Tant pour leurs importations que pour la santé de leurs exportations, les Etats-Unis ont intérêt à un Euro au-delà des 1USD ou alors ils devront s’atteler à réduire les obstacles douaniers à la commercialisation de leurs produits….. ceci est exactement l’objet du traité transatlantique en cours de négociation…

     

vendredi 24 juillet 2015

Point de situation économique sur ce premier semestre et perspectives à six mois


I- PER


L’analyse de ces six derniers mois peut prendre appui sur le ratio PER (Price Earning Ratio). Le PER, rappelons-le, mesure la valeur de l’action sur la valeur de l’entreprise dont elle est une part du capital. Il donne la valeur de l’entreprise en bourse au regard de performances attendues et la rapporte à sa valeur réelle à savoir le bénéfice réalisé et déclaré l’année précédente.

Robert Shiller, professeur à Yale a pris en compte la moyenne du résultat de la société concernée des dix années précédentes dégrevée du taux d’inflation. Cette approche donne à mon avis (cf mon précédent article http://visionsetperspectives2020.blogspot.fr/2015/02/levoile-se-leve.html?spref=tw) une mesure plus juste de la valeur réelle de l’entreprise sur un temps long et modère ainsi sa valeur boursière du moment:

plus le ratio est faible, plus la valeur de l‘entreprise correspond à la valeur de  l’action, a contrario plus le ratio est important et plus la distorsion entre la valeur de l’action et le bénéfice est grande.

En février 2015, le PER était de 26,77 sur l’index S&P 500, il est de 27,32 en juillet 2015 contre 15,17 en janvier 2009. Hormis le fort décalage avec la méthode classique de calcul en n-1 (PER d’approx.19 pour le S&P et 17 pour le CAC 40), il est surtout révélateur d’une spéculation « in progress » sur les actions, spéculation basée sur des performances anticipées à la hausse.

Comme nous l’avions démontré, cette spéculation repose d’une part sur l’atrophie du marché obligataire offrant des taux proches du nul et d’autre part sur les refinancements « facilités » de la FED, le tout dans une perspective de court-terme des agents financiers (cf  http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/05/lhubrisdu-monde-occidental-lesmarches.html?spref=tw). A cette hauteur de PER, nous sommes dans une phase de bulle. Pour rappel, nous étions à 27,21 en janvier 2007, 24,08 en janvier 2008 et 27,06 en…janvier 1929.     

La survalorisation repose sur une liquidité accrue du système bancaire, liquidité elle-même entretenue par l’architecture de marchés organisés autour de dérivés. Nous n’échangeons plus de l’or, du blé ou du cuivre mais des certificats, des contrats « futurs » ou des « assurances » définis par ces produits sans que ceux-ci ne soient livrés, déposés ou détenus…


II- BDI et autres indices


Le Baltic Dry Index (BDI) mesure le trafic en vrac de matières sèches.  Après avoir atteint un plancher autour des 550 points en début d’année,  l’indice a  repris des couleurs en atteignant les 1009 points en juillet 2015 (trafic long Capesize et Panamax - navires entre 60.000 et 80.000mt- le fret entre 15.000 et 35.000mt étant atone).

Pour mémoire le BDI était à 4.600 points en 2010 et à 11.000 points en 2008. Si nous rapportons son évolution à celle des prix des matières premières via l’indice CRB Reuters-Jefferies (19 cotations sur les NYMEX, LME et CME), nous constatons que les prix ont baissé sur la deuxième moitié de l’année 2014 et stimulé le BDI au-delà des 1.400 points. La baisse du CRB s’est cependant poursuivie en 2015 freinant le BDI en l’amenant vers son plancher de février.

Si le CRB baisse sans entraîner de hausse du BDI, cela veut dire une seule chose: baisse de l’activité mondiale… mais revenons-en à nos courbes. Le BDI à la mi-2011 est à plus de 2275 points pour des prix à 525 points mais, à l’instar de la mi-2010, les courbes BDI et CRB se confondent de la fin 2014 au premier trimestre 2015.

Une baisse du CRB signifie une baisse de la demande et un état de surproduction ne fait qu’amplifier cette baisse. Si le fret repart à la hausse, il faut que cette hausse soit suffisamment forte et durable pour que le CRB reparte lui-aussi à la hausse. Or ce n’est pas le cas.

Tant que les producteurs ne verront pas de demande forte, ils n’augmenteront pas leurs prix et les taux de fret des USA vers la Chine sont des révélateurs: ils étaient de 55 USD/métrique tonne en avril 2009, ils sont à 30 USD en mars 2015. De même le fret conteneurs, à travers l’indice Harpex, a certes repris de la vigueur en passant de 435 points en janvier 2015 à 620 points en juillet mais son niveau reste inférieur à 2014 notamment en route longue (Asie-Amérique du Sud).


III- Pétrole


Le cours du Brent était de 57,37 USD en février 2015, il est de 56,67 USD en juillet de cette même année. Le cours du WTI reste également stable à 50,93USD en février et 50,39 USD en juillet.

Pour rappel, le brut en partant de son plafond des 100USD a commencé à baisser à la mi 2014, le BDI ayant initié sa baisse six mois plutôt. Le BDI va par la suite rebondir à plusieurs reprises par l’effet d’aubaine sur les carburants mais la synchronie des deux courbes se met en place à la fin janvier 2015 jusqu’au plancher de  48,60USD pour rebondir et se scinder. Ce rebond marquerait-il une relance de l’activité mondiale?: une hausse du cours du brut,  révélateur d’une hausse de la demande et du fret ?

Sans se contredire avec la stagnation du CRB (voir plus-haut), il est possible que la baisse du dollar, la hausse du rouble (64,85 roubles pour un dollar début 2015, 57,03 roubles en juillet 2015) et la baisse de l’Euro ont redonné un peu de vigueur aux agents mais l’influence des devises ne peut être que conjoncturelle et ne reflète jamais un temps long.


IV- Balances des échanges et PIB


La zone Euro est en croissance de près de 17,5% de sa balance des échanges de biens et services entre 2013 et 2014 malgré une baisse de 35,71% entre le dernier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015. Cette balance est évidemment soutenue par l’Allemagne : la hausse entre 2013 et 2014 est de 11,4% avec le même recul de 15% entre le dernier trimestre 2014 et le début 2015.

Les USA restent quant à eux de gros importateurs tirant tant les balances de l’UE que de l’Asie du Sud-Est, leur déficit ayant même augmenté en 2014 de 2,50%. La chine garde sa position d’exportatrice nette avec une progression de près de 15% entre 2013 et 2014. Ces balances correspondent à des PIBs en hausse (américains et chinois) dont même la zone euro enregistre un +0,79% entre le dernier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015.

Après un tel constat, une seule question nous interpelle: Comment concilier l’ampleur de telles balances commerciales et des PIBs en croissance continue avec une baisse des indicateurs d’activités maritimes et de prix des produits de base?

Une augmentation des PIBs et des balances entraine un accroissement des échanges et inversement si le volume des échanges croît, les PIBs et balances se développent d’autant. Même un pays en déficit massif comme les USA contribue par ses importations à tirer plusieurs zones, les importations étant aussi un facteur de vitalité pour le pays concerné, sa capacité de paiement n’étant pas le moindre. 

Si nous resserrons l’analyse sur les échanges de biens, l’Allemagne est en excédent de 11,05% pour une zone Euro en hausse de 11,76% confirmant bien le rôle de leader de l’Allemagne dans l’espace Euro. Les importations US de biens enregistrent de même une croissance de près de 5% entre 2013 et 2014 dont un déficit accru avec la Chine de 6% entre 2014 et 2015 (prévision).


V- Paradoxe et dépassement


Le CPB ou Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis mesure l’activité mondiale et fait autorité en la matière. Agence gouvernementale indépendante des institutions internationales (FMI, OCDE, OMC, Banque Mondiale, Commission Européenne), elle synthétise les données en volume et en valeur collectées à partir de multiples sources (dont des sociétés commerciales et des agences privées et publiques) pour nous donner une image des plus fiables dépassant par son étendue ce que peuvent nous indiquer à eux-seuls les indices.

Le volume du commerce mondial de marchandises (pourcentage de croissance sur une base 100) a connu son plancher en 2009 à -12,6% (cf sub-primes) pour rebondir à + 15,1% en 2010 et se tasser après 2011. La croissance passe de +5,8% à 2,1% marquant un décrochement.de -63,79%.

Ce décrochement donne une forme en v dont la partie droite s’effile pour finalement s’aplanir autour d’un taux négatif de -1,3% au premier trimestre 2015. Nous retrouvons cette forme dans les exportations de biens. Ce point de rupture de 2012 correspond à la baisse du BDI vers son plancher qui était de 715 en février 2012.

Si nous prenons en valeur ce même commerce (en % sur une évolution des prix en USD), nous sommes dans une phase négative.  Après la chute de 2009 de -11,6%, le rebond de 5,8%  en 2010 et l’accélération de 13,1% courant 2011, le décrochement réapparaît en 2012 à -1,9%.

Un premier constat s’impose ici: alors que le volume croît, le chiffre d’affaires baisse non seulement en 2012 mais aussi en 2013 et 2014 avec respectivement -0,9% et -2,1%. Le premier trimestre 2015 accentue cette tendance avec -7,1%.

Ce schéma réapparait dans les exportations en valeur et dans la production mondiale industrielle: -6,6% en 2009, 10% en 2010, 5,4% en 2011 puis 2,8% en 2012, 2,4% en 2013, 3,4% en 2014 et un début d’année 2015 avec +0,3% ; ceci nous interpelle sur deux points:

Premièrement, le BDI se révèle être un indicateur fiable qui anticipe une évolution et doit être observé avec attention. Il annonce une baisse d’activité soit synchrone avec les chiffres du commerce mondial (cf 2012) soit en amont dans un décalage apparent.

Deuxièmement, les valeurs des balances commerciales et PIBs sont insuffisantes pour nous aider à comprendre un système fondamentalement basé sur une activité industrielle. Il est en effet envisageable de concevoir un PIB en croissance avec une activité déclinante: cela veut dire que les recettes et bénéfices se démultiplient, les marges sur un produit s’élargissent sans que la production vendue ne participe de cet élan. A une économie de masse se substitue une économie de marges dans laquelle une classe d’acheteurs « premium » sera plus encline à acquérir des produits plus chers et à délaisser ce qui correspondait au niveau de vie de la classe dite moyenne, moteur essentiel jusqu’alors des économies développées.

Le commerce mondial peut-il se passer de « middle class » puissantes et reposer uniquement sur des « upper class », elles-mêmes enfants de la financiarisation de l’économie et du complexe militaro-industriel?

La réponse est dans la question et souligne cette désindustrialisation rampante du monde, une industrie qui va se réduire à trois zones - les USA, la Chine et l’Allemagne (et ses sous-traitants sud et est-européens)- pour une production à haute valeur ajoutée (la Chine incluse).

Que dire en conclusion des chiffres négatifs du CPB en valeur ou en volume pour ce début d’année alors que le BDI remonte?

Quand la crise des sub-primes a éclaté, le BDI s’est effondré avant de reprendre vigueur jusqu’en 2010. Les courbes S&P et BDI sur ces périodes se suivent avant de diverger à la fin 2010. Les Quantitative Easings produisent alors leurs effets et le S&P perd de sa pertinence, les actions ne correspondant plus à la marche de l’économie.

Une première baisse de l’activité entre fin 2010 et fin 2012 se reflète dans les chiffres du CPB dont les décrochements de 2011 en volume (de +15,1% à +5,8%) et de 2012 en valeur (de 12,8% à -2,3%). Après le rebond du BDI début 2014, la baisse quoique discontinue se poursuit.


L’activité mondiale est bien en panne et le risque d’éclatement des bulles actions et obligations sur les 6 prochaines mois est tangible. Dans une perspective d’investisseurs, mes recommandations iront vers les entreprises non-cotées dans les niches du luxe (BtoC; immobilier), dans le « low-cost » et le high-tech GRIN (voir article http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/05/lhubrisdu-monde-occidental-lesmarches.html?spref=tw).