mardi 28 juillet 2015

Baisse de l’Euro: explication en trois points


L’évolution de l’Euro depuis 2011 tend à prendre une forme en W, un W qui serait amputé pour le moins de sa dernière branche.

Du 29 avril 2011 au 20 juillet 2012 le cours Euro/Dollar passe de 1,48 USD à 1,21 USD avant de remonter autour de 1,37 USD le 21/03/2014 et fléchir vers un seuil de 1,04USD le 13/03/2015. Il s’y maintient depuis autour de 1,09USD (24/07).

Cette baisse peut se décomposer en deux temps: une phase lente entre avril et août 2014 avec un cours restant au-delà des 1,34USD et une phase abrupte de la mi-2014 jusqu’au mois de mars 2015.

Comment dès lors expliquer le paradoxe suivant: les exportations de la zone euro sont en pleine croissance et dans le même temps la monnaie européenne ne se valorise pas. Plus précisément comment se fait-il que l’Allemagne ait enregistré un excédent commercial entre 2013 et 2014 de +11,4% induisant celui de l’Euro-zone de +17,45% alors que l’euro s’est déprécié pendant 9 mois continus en 2014 ? 


I- La remontée du dollar dans son attaque sur le rouble


Il y a d’abord une baisse technique à l’euro: entre la mi-2014 et ce début d’année sur fond de crise géopolitique USA-OTAN/Donbass-Russie les fonds d’investissement ont revendu de forte quantité de roubles contre des dollars, renchérissant celui-ci sur les places financières. De 34,89 roubles au 30 mai 2014 à 69,4 roubles au 30 janvier 2015, la hausse a été continue avant de fléchir début février pour toucher les 50 roubles au 22 mai. Le dollar a depuis repris de la vigueur pour atteindre les 58,59 roubles au 24 juillet.

Pendant tout le premier semestre 2014 le dollar s’apprécia contre le rouble et par extension contre l’Euro. La monnaie américaine fit l’objet d’achats massifs valorisant son cours contre des monnaies fortes comme l’Euro (celui-ci  passa de 1,37 à 1,24 USD soit - 9,5%) ou le Franc Suisse (0,78 francs au 14 mars 2014 à 1,01 francs au 9 janvier 2015 soit une baisse de 16%!).  


II- La politique monétaire de la BCE


En annonçant un programme de prêts de 1000 Mds€ d’ici septembre 2016 à raison de 60 Mds€/mois, la BCE lance une vaste opération de refinancement des banques privées avec des termes pouvant allant jusqu’à 2018.

Targeted Long Term Refinancing Operations (T-LTRO) est la désignation officielle d’un emprunt des banques à la BCE à un taux abaissé en mars 2015 à 0,05% contre garanties (« collateral ») privées. De même, la BCE s’engage à poursuivre des prêts à très courte échéance dit MRO (Main Refinancing Operations).

Le  24 septembre 2014, la BCE a lancé sept opérations T-LTRO d’une valeur totale s’élevant à 463 Mds€ (plus un prêt MRO à 7 jours de 75 Mds€) ce qui correspond à la baisse de l’Euro début septembre 2014. Pour mémoire, on était à 1,35 USD au 8 août 2014, on passe à 1,25USD au 3 octobre soit une baisse de -7,41% !

La crise grecque aidant, la BCE a racheté aux banques 504 Millions€ de dettes publiques sur le marché secondaire à travers ce qu’elle appelle des Opérations Monétaires sur Titres (ou Outright Monetary Transactions).

Au total, des 211 Mds€ du dernier trimestre 2014, nous sommes passés à partir de mars 2015 à plus de 327 Mds€ en incluant MRO et OMT ce qui fit chuter l’Euro à une quasi-parité avec le dollar.


III Mesures « austéritaires » et limites


Ce programme de QE à l’européenne répond avant tout à un besoin systémique de financement des banques. Elles sont obligées, dans une optique de court-terme et de marges commerciales décuplées, de spéculer sur des dérivés dont les sous-jacents ne peuvent être que des éléments d’un patrimoine quant à lui bien réel.

Actions et obligations correspondent à des entreprises dont les performances prennent en compte non pas des perspectives de places financières mais l’évolution d’une demande donnée pour un produit en particulier.

Les garanties à toutes ces transactions ne peuvent être que des avoirs dont la valeur ne se déprécie que faiblement dans le temps, dont la volatilité reste faible ce qui est le cas de l’immobilier, de l’or et des bons du Trésor. Il est ainsi crucial pour le Système de ne pas spéculer sur tout, que l’immobilier et l’or ne deviennent pas des « commodities » à l’instar des actions ou des obligations et de garder une partie de ce tout comme contrepartie ultime à la survalorisation des actifs.

La BCE, telle une FED aux petits pieds se doit d’injecter de la liquidité à des taux quasi-nuls à la seule condition de récupérer dans son actif des avoirs de qualité: immobilier, métaux précieux et bons du Trésor.

Je ne m’attarderai pas sur l’or sauf à dire que les Etats membres et la BCE cherchent à récupérer ce qu’ils peuvent et se félicitent de la baisse artificielle des cours organisée par la FED, l’or redevenant une valeur de référence et non plus un objectif de spéculation. (cf http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/07/placementor-fuir-sinous-observons.html?spref=tw)

L’immobilier reste spéculatif principalement sur le commercial, les faibles taux ayant découragé les banques de prêter aux ménages ce qui était un effet connexe recherché. La lutte contre ces bulles consiste à redonner une valeur réelle aux avoirs afin que ceux-ci servent de collatéraux aux transactions financières.

Enfin, les bons du Trésor induisent des Etats aux finances publiques saines et on ne peut comprendre l’austérité que dans cette perspective.

En réduisant les dépenses publiques, en faisant passer ce qui était l’apanage du secteur public au secteur privé, les Etats réalisent un double profit:

-       Celui, d’une part, de réduire la dépense (dont les intérêts de la dette sont une partie importante) et

-       d’encaisser, d’autre part, le prix de vente de biens et d’établissements publics. Il va sans dire que l’objectif est de poursuivre le relèvement des recettes fiscales pour là encore répondre aux objectifs de déficits imposés par le Traité de Lisbonne.

L’hypothèse d’un Euro sous la barre des 1 USD reste faible sauf à pénaliser les balances commerciales de la Zone, Allemagne en tête. Une alternative dans cette perspective serait une plus grande production et intégration économique: la réduction des coûts de la main d’œuvre serait poursuivie par la mise en place d’une sous-traitance plus avancée dans ce qui constituerait une confusion à peine dissimulée entre un Etat membre et une organisation supranationale. Pour le dire autrement, plus l’Euro baissera, plus l’intégration de l’UE sous emprise allemande sera forte.

Cette hypothèse est aussi combattue par l’argument d’un dollar non surévalué. Tant pour leurs importations que pour la santé de leurs exportations, les Etats-Unis ont intérêt à un Euro au-delà des 1USD ou alors ils devront s’atteler à réduire les obstacles douaniers à la commercialisation de leurs produits….. ceci est exactement l’objet du traité transatlantique en cours de négociation…

     

vendredi 24 juillet 2015

Point de situation économique sur ce premier semestre et perspectives à six mois


I- PER


L’analyse de ces six derniers mois peut prendre appui sur le ratio PER (Price Earning Ratio). Le PER, rappelons-le, mesure la valeur de l’action sur la valeur de l’entreprise dont elle est une part du capital. Il donne la valeur de l’entreprise en bourse au regard de performances attendues et la rapporte à sa valeur réelle à savoir le bénéfice réalisé et déclaré l’année précédente.

Robert Shiller, professeur à Yale a pris en compte la moyenne du résultat de la société concernée des dix années précédentes dégrevée du taux d’inflation. Cette approche donne à mon avis (cf mon précédent article http://visionsetperspectives2020.blogspot.fr/2015/02/levoile-se-leve.html?spref=tw) une mesure plus juste de la valeur réelle de l’entreprise sur un temps long et modère ainsi sa valeur boursière du moment:

plus le ratio est faible, plus la valeur de l‘entreprise correspond à la valeur de  l’action, a contrario plus le ratio est important et plus la distorsion entre la valeur de l’action et le bénéfice est grande.

En février 2015, le PER était de 26,77 sur l’index S&P 500, il est de 27,32 en juillet 2015 contre 15,17 en janvier 2009. Hormis le fort décalage avec la méthode classique de calcul en n-1 (PER d’approx.19 pour le S&P et 17 pour le CAC 40), il est surtout révélateur d’une spéculation « in progress » sur les actions, spéculation basée sur des performances anticipées à la hausse.

Comme nous l’avions démontré, cette spéculation repose d’une part sur l’atrophie du marché obligataire offrant des taux proches du nul et d’autre part sur les refinancements « facilités » de la FED, le tout dans une perspective de court-terme des agents financiers (cf  http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/05/lhubrisdu-monde-occidental-lesmarches.html?spref=tw). A cette hauteur de PER, nous sommes dans une phase de bulle. Pour rappel, nous étions à 27,21 en janvier 2007, 24,08 en janvier 2008 et 27,06 en…janvier 1929.     

La survalorisation repose sur une liquidité accrue du système bancaire, liquidité elle-même entretenue par l’architecture de marchés organisés autour de dérivés. Nous n’échangeons plus de l’or, du blé ou du cuivre mais des certificats, des contrats « futurs » ou des « assurances » définis par ces produits sans que ceux-ci ne soient livrés, déposés ou détenus…


II- BDI et autres indices


Le Baltic Dry Index (BDI) mesure le trafic en vrac de matières sèches.  Après avoir atteint un plancher autour des 550 points en début d’année,  l’indice a  repris des couleurs en atteignant les 1009 points en juillet 2015 (trafic long Capesize et Panamax - navires entre 60.000 et 80.000mt- le fret entre 15.000 et 35.000mt étant atone).

Pour mémoire le BDI était à 4.600 points en 2010 et à 11.000 points en 2008. Si nous rapportons son évolution à celle des prix des matières premières via l’indice CRB Reuters-Jefferies (19 cotations sur les NYMEX, LME et CME), nous constatons que les prix ont baissé sur la deuxième moitié de l’année 2014 et stimulé le BDI au-delà des 1.400 points. La baisse du CRB s’est cependant poursuivie en 2015 freinant le BDI en l’amenant vers son plancher de février.

Si le CRB baisse sans entraîner de hausse du BDI, cela veut dire une seule chose: baisse de l’activité mondiale… mais revenons-en à nos courbes. Le BDI à la mi-2011 est à plus de 2275 points pour des prix à 525 points mais, à l’instar de la mi-2010, les courbes BDI et CRB se confondent de la fin 2014 au premier trimestre 2015.

Une baisse du CRB signifie une baisse de la demande et un état de surproduction ne fait qu’amplifier cette baisse. Si le fret repart à la hausse, il faut que cette hausse soit suffisamment forte et durable pour que le CRB reparte lui-aussi à la hausse. Or ce n’est pas le cas.

Tant que les producteurs ne verront pas de demande forte, ils n’augmenteront pas leurs prix et les taux de fret des USA vers la Chine sont des révélateurs: ils étaient de 55 USD/métrique tonne en avril 2009, ils sont à 30 USD en mars 2015. De même le fret conteneurs, à travers l’indice Harpex, a certes repris de la vigueur en passant de 435 points en janvier 2015 à 620 points en juillet mais son niveau reste inférieur à 2014 notamment en route longue (Asie-Amérique du Sud).


III- Pétrole


Le cours du Brent était de 57,37 USD en février 2015, il est de 56,67 USD en juillet de cette même année. Le cours du WTI reste également stable à 50,93USD en février et 50,39 USD en juillet.

Pour rappel, le brut en partant de son plafond des 100USD a commencé à baisser à la mi 2014, le BDI ayant initié sa baisse six mois plutôt. Le BDI va par la suite rebondir à plusieurs reprises par l’effet d’aubaine sur les carburants mais la synchronie des deux courbes se met en place à la fin janvier 2015 jusqu’au plancher de  48,60USD pour rebondir et se scinder. Ce rebond marquerait-il une relance de l’activité mondiale?: une hausse du cours du brut,  révélateur d’une hausse de la demande et du fret ?

Sans se contredire avec la stagnation du CRB (voir plus-haut), il est possible que la baisse du dollar, la hausse du rouble (64,85 roubles pour un dollar début 2015, 57,03 roubles en juillet 2015) et la baisse de l’Euro ont redonné un peu de vigueur aux agents mais l’influence des devises ne peut être que conjoncturelle et ne reflète jamais un temps long.


IV- Balances des échanges et PIB


La zone Euro est en croissance de près de 17,5% de sa balance des échanges de biens et services entre 2013 et 2014 malgré une baisse de 35,71% entre le dernier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015. Cette balance est évidemment soutenue par l’Allemagne : la hausse entre 2013 et 2014 est de 11,4% avec le même recul de 15% entre le dernier trimestre 2014 et le début 2015.

Les USA restent quant à eux de gros importateurs tirant tant les balances de l’UE que de l’Asie du Sud-Est, leur déficit ayant même augmenté en 2014 de 2,50%. La chine garde sa position d’exportatrice nette avec une progression de près de 15% entre 2013 et 2014. Ces balances correspondent à des PIBs en hausse (américains et chinois) dont même la zone euro enregistre un +0,79% entre le dernier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015.

Après un tel constat, une seule question nous interpelle: Comment concilier l’ampleur de telles balances commerciales et des PIBs en croissance continue avec une baisse des indicateurs d’activités maritimes et de prix des produits de base?

Une augmentation des PIBs et des balances entraine un accroissement des échanges et inversement si le volume des échanges croît, les PIBs et balances se développent d’autant. Même un pays en déficit massif comme les USA contribue par ses importations à tirer plusieurs zones, les importations étant aussi un facteur de vitalité pour le pays concerné, sa capacité de paiement n’étant pas le moindre. 

Si nous resserrons l’analyse sur les échanges de biens, l’Allemagne est en excédent de 11,05% pour une zone Euro en hausse de 11,76% confirmant bien le rôle de leader de l’Allemagne dans l’espace Euro. Les importations US de biens enregistrent de même une croissance de près de 5% entre 2013 et 2014 dont un déficit accru avec la Chine de 6% entre 2014 et 2015 (prévision).


V- Paradoxe et dépassement


Le CPB ou Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis mesure l’activité mondiale et fait autorité en la matière. Agence gouvernementale indépendante des institutions internationales (FMI, OCDE, OMC, Banque Mondiale, Commission Européenne), elle synthétise les données en volume et en valeur collectées à partir de multiples sources (dont des sociétés commerciales et des agences privées et publiques) pour nous donner une image des plus fiables dépassant par son étendue ce que peuvent nous indiquer à eux-seuls les indices.

Le volume du commerce mondial de marchandises (pourcentage de croissance sur une base 100) a connu son plancher en 2009 à -12,6% (cf sub-primes) pour rebondir à + 15,1% en 2010 et se tasser après 2011. La croissance passe de +5,8% à 2,1% marquant un décrochement.de -63,79%.

Ce décrochement donne une forme en v dont la partie droite s’effile pour finalement s’aplanir autour d’un taux négatif de -1,3% au premier trimestre 2015. Nous retrouvons cette forme dans les exportations de biens. Ce point de rupture de 2012 correspond à la baisse du BDI vers son plancher qui était de 715 en février 2012.

Si nous prenons en valeur ce même commerce (en % sur une évolution des prix en USD), nous sommes dans une phase négative.  Après la chute de 2009 de -11,6%, le rebond de 5,8%  en 2010 et l’accélération de 13,1% courant 2011, le décrochement réapparaît en 2012 à -1,9%.

Un premier constat s’impose ici: alors que le volume croît, le chiffre d’affaires baisse non seulement en 2012 mais aussi en 2013 et 2014 avec respectivement -0,9% et -2,1%. Le premier trimestre 2015 accentue cette tendance avec -7,1%.

Ce schéma réapparait dans les exportations en valeur et dans la production mondiale industrielle: -6,6% en 2009, 10% en 2010, 5,4% en 2011 puis 2,8% en 2012, 2,4% en 2013, 3,4% en 2014 et un début d’année 2015 avec +0,3% ; ceci nous interpelle sur deux points:

Premièrement, le BDI se révèle être un indicateur fiable qui anticipe une évolution et doit être observé avec attention. Il annonce une baisse d’activité soit synchrone avec les chiffres du commerce mondial (cf 2012) soit en amont dans un décalage apparent.

Deuxièmement, les valeurs des balances commerciales et PIBs sont insuffisantes pour nous aider à comprendre un système fondamentalement basé sur une activité industrielle. Il est en effet envisageable de concevoir un PIB en croissance avec une activité déclinante: cela veut dire que les recettes et bénéfices se démultiplient, les marges sur un produit s’élargissent sans que la production vendue ne participe de cet élan. A une économie de masse se substitue une économie de marges dans laquelle une classe d’acheteurs « premium » sera plus encline à acquérir des produits plus chers et à délaisser ce qui correspondait au niveau de vie de la classe dite moyenne, moteur essentiel jusqu’alors des économies développées.

Le commerce mondial peut-il se passer de « middle class » puissantes et reposer uniquement sur des « upper class », elles-mêmes enfants de la financiarisation de l’économie et du complexe militaro-industriel?

La réponse est dans la question et souligne cette désindustrialisation rampante du monde, une industrie qui va se réduire à trois zones - les USA, la Chine et l’Allemagne (et ses sous-traitants sud et est-européens)- pour une production à haute valeur ajoutée (la Chine incluse).

Que dire en conclusion des chiffres négatifs du CPB en valeur ou en volume pour ce début d’année alors que le BDI remonte?

Quand la crise des sub-primes a éclaté, le BDI s’est effondré avant de reprendre vigueur jusqu’en 2010. Les courbes S&P et BDI sur ces périodes se suivent avant de diverger à la fin 2010. Les Quantitative Easings produisent alors leurs effets et le S&P perd de sa pertinence, les actions ne correspondant plus à la marche de l’économie.

Une première baisse de l’activité entre fin 2010 et fin 2012 se reflète dans les chiffres du CPB dont les décrochements de 2011 en volume (de +15,1% à +5,8%) et de 2012 en valeur (de 12,8% à -2,3%). Après le rebond du BDI début 2014, la baisse quoique discontinue se poursuit.


L’activité mondiale est bien en panne et le risque d’éclatement des bulles actions et obligations sur les 6 prochaines mois est tangible. Dans une perspective d’investisseurs, mes recommandations iront vers les entreprises non-cotées dans les niches du luxe (BtoC; immobilier), dans le « low-cost » et le high-tech GRIN (voir article http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/05/lhubrisdu-monde-occidental-lesmarches.html?spref=tw).  

jeudi 16 juillet 2015

Placement or ? A fuir !

Si nous observons l’évolution du cours de l’once d’or depuis 2010, une courbe en W en ressort parfaitement. Après une montée fulgurante de 1205 USD le 01/05/2010 à 1813 USD au mois d’août 2011 (+ 50,46% en 15 mois !), le cours fléchit de 12,73% à 1593 USD sur près d’un an  (07/2012) pour se retendre de nouveau vers les 1762 USD sur une période de deux mois et entamer une chute vertigineuse de -33,50% en deux ans et demi, se retrouvant sous le plancher de 2010 à 1172 USD au 6 juin 2015.   

Si nous mettons en perspective cette courbe aux mises en place successives des Quantitative Easings (QE) de la Federal Reserve Bank (FED), nous obtenons un éclairage sur ces variations. Je me réfère ici à l’économie américaine qui reste la plus significative de l’évolution mondiale même si la BCE, la Bank Of England et la Bank of Japan ont pratiqué la même politique.

Le premier QE correspondant au cours de l’once à son plancher démarre à la fin des sub-primes en novembre 2008 et s’étire jusqu’à la mi-2010 avant de se voir renouveler. Il provoque immédiatement une croissance du cours de l’or: par l’introduction de ce qu’elle a elle-même appelé une gestion hétérodoxe de la monnaie centrale, la FED a visiblement dans cette première année causé le doute chez les agents financiers.

La FED n’a pas rassuré les marchés révélant moins une volonté de relancer l’économie réelle que la difficulté du système bancaire après la chute de Lehman Brothers. S’il y avait eu reprise, il y aurait eu au contraire une remontée des taux d’intérêt par un relèvement des taux de refinancement afin de stabiliser une éventuelle inflation.

Notons cependant que le cours du S&P remonte dès la mise en place du QE ainsi que le taux de croissance du PIB US et contredit en quelque sorte le doute des agents sur cette relance.

Pour dissiper cette inquiétude, la FED introduit un second QE dès novembre 2010 mais en vain puisque le cours de l’or atteint son pic courant aout 2011. La politique de la FED est cependant récompensée puisque le cours baisse sur un an jusqu’à juillet 2012.

Si nous regardons de plus près les raisons de la montée du cours de l’once à la mi-2011, elles se trouvent dans la baisse du S&P de mai 2011 à décembre 2011 obligeant la FED à rassurer de nouveau les marchés en lançant un troisième volet de QE dès septembre 2012.

Ce troisième QE va dès lors être décisif et se poursuivre en continue à ce jour, entraînant tant une chute de l’or qu’une explosion des cours de près de 50%, taux totalement démultiplié par rapport à la croissance du PIB US de « seulement » + 8,17 % en deux ans (09/2012-09/2014), chiffre remarquable si on le compare au ralentissement du commerce mondial et à l’anomie de la zone Euro.  

La remontée du S&P500 part du début janvier 2009 sous les 760 points pour atteindre les 2100 au deuxième trimestre 2015 alors que le cours de l’or n’a commencé à baisser de façon continue qu’à partir de septembre 2012. Si les marchés avaient été rassurés par l’état de l’économie, le cours de l’once aurait dû baisser sur la même période alors qu’il y a un décalage de deux ans et demi.

L’économie US est repartie en effet à la hausse début 2009 aidée en cela par de forts investissements du Trésor US et par la politique monétaire de la FED, réinjectant des liquidités massives dans le système bancaire, lui-même achetant des bons du Trésor, collatéraux recherchés par les banques pour garantir les prêts qu’elles se font entre elles. Ce surplus de liquidités va permettre de relancer la spéculation par la création de fonds d’investissement ce qui va expliquer la démultiplication du cours S&P par rapport à la croissance du PIB. Que les agents purent envisager l’artifice d’un tel mécanisme reposant sur une offre de monnaie par des taux faibles et un réinvestissement public direct ou indirect en décalage total avec une quelconque remontée des salaires ou de la précarité, il en est très peu probable.

La hausse du cours de l’or jusqu’en septembre 2012 n’est en aucun cas liée à une suspicion des agents sur la santé à terme de l’économie tant leurs comportements sont guidés par le court-termisme. A contrario le surplus de liquidités dans l’économie a certainement modifié le comportement des agents sur l’or l’appréhendant non plus comme une valeur refuge mais un produit, une « commodity. Le cours de l’once d’or tournait autour de 400USD de 1982 à 2004 donc stable sur 22 ans avant de connaître une hausse de 2004 à 2011 de 375% !!  Plus les QE prendront de l’ampleur, plus le cours s’envolera non pas à cause de la croyance en une incertitude du Système mais en un redoublement de la spéculation en son sein.

Pourtant les cours vont s’effondrer à partir de septembre 2012 alors que rien ne montre un quelconque changement dans le comportement des agents. Les cours de l’or auraient dû augmenter d’autant que le marché s’est dédoublé par la démultiplication des certificats d’or qui sont des titres de propriétés d’une certaine quantité d’or que son détenteur ne possède qu’indirectement par ce titre qu’il peut céder ou donner en garantie (le fameux or-papier). La financiarisation du marché de l’or ne pouvait qu’augurer une explosion des cours et c’est exactement le contraire qui se produisit. 

Dans un article du 13 Avril 2013, Paul Craig Roberts apporte un élément de réponse. Selon  le tradeur Andrew Maguire 500 tonnes d’or ont été mises sur le marché le 12 Avril 2013 et ont fait baisser le cours de 73 USD…. en une seule journée sans que le moindre or physique n’ai été livré, les opérations ayant été nouées à découvert nue.

Comme l’explique Craig Roberts, un découvert n’existe que parce qu’il y a une anticipation à la baisse du cours par les investisseurs. Avant cette baisse anticipée, les investisseurs chercheront à vendre leur or à un prix encore profitable, vente qu’ils pourront faire sans posséder l’or physiquement et c’est là tout le charme de la finance dématérialisée: le vendeur acquerra un certificat représentant une quantité réelle d’or détenue physiquement par un propriétaire qu’il revendra donc à un bon prix avant la baisse. Le prix de la vente lui permettra une fois la baisse acquise de racheter l’or dans des conditions très avantageuses, rachat une fois de plus direct ou par certificats interposés.

Le « short » ou découvert nu permet ainsi de faire une opération à la vente sans qu’il y ait de livraison de produits ce qui a pour principal conséquence de faire baisser les cours. Le vendeur a un titre de vente de quelque chose qu’il n’a pas réellement, tout l’intérêt des ventes à découvert est ainsi  de pouvoir se nouer sans être obligé de livrer la chose que l’agent n’a de toute façon pas. 

500 tonnes, cela fait un peu plus de 17 500 000 onces d’or vendues en un seul jour ! Comme le remarque Craig Roberts, qui possède une telle quantité et qui a 24 800 000 000 USD pour l’acheter (l’once valait ce jour 1550 USD)? Une telle vente a fait baisser le cours de 73 USD ce qui a fait perdre plus de 17 millions de fois 73USD au vendeur !!!! Seule une banque centrale peut se risquer à une telle opération et en l’occurrence c’est la FED.  

Evidemment le prix ayant baissé, les détenteurs d’or physique ont tenté de vendre à leur tour alors même que nous étions dans un marché à découvert retournant ainsi la tendance de 50 acheteurs pour 1 vendeur selon le trader Bill Haynes sur Kingworldnews.com.

D’où cette lancinante question que pose Craig Roberts : est-ce que les autorités ont une telle masse d’or physique pour couvrir les shorts ? Certains en doutent d’autant que ces mêmes autorités ont dû vendre beaucoup d’or physique pour enrayer la hausse de 272 USD de décembre 2000 à 1900 USD en 2011.

Les analystes rappellent qu’à la récente demande de l’Allemagne aux USA de leur retourner leur propre stock d’or détenu dans les caisses de la Federal Reserve, les américains ont alors proposé un échelonnement du retour sur 7 ans. Si les USA ont de l’or, pourquoi alors mettre 7 ans pour en rendre une partie à leur propriétaire ?? Pour Craig Roberts, les autorités n’ont pas cet or. Pour Mondialisation.ca, il y a clairement une pénurie d’or physique notamment en Asie du Sud-Est c’est-à-dire dans la principale zone de croissance du monde.

Andrew Maguire estime que les banques centrales étrangères, notamment la Banque de Chine cherchent à acquérir de l’or physique à bas prix par ces mécanismes de ventes à découvert ne nécessitant pas de livraisons. Il est en effet très vraisemblable que les dollars détenus par celles-ci en abondance depuis les premiers QE’s ont eu pour double conséquence un renchérissement du cours de l’or et une baisse de livraison d’or physique.

En fait la FED a cherché à maintenir la valeur du dollar par la baisse du cours de l’or, l’objectif étant de garder le dollar comme valeur refuge au dépend de celle de l’or, le risque principal étant que si il y a une demande forte de livraison physique d’or, le marché sera confronté à une impossibilité entrainant le renchérissement du cours de l’or et l’effondrement de celui du dollar !

Tout le Système est allé cependant dans le sens d’une baisse concertée des cours au regard des annonces des sociétés de courtage et de Goldmann Sachs dans cette même semaine d’avril 2013 de vendre leurs positions or, le but étant que les détenteurs d’or physique se défassent du leur pour qu’ils puissent se les procurer à bas prix. On observe bien une dissociation d’un marché de l’or papier et un de l’or physique.

Mais revenons sur la demande de l’Allemagne de rapatrier l’or des caisses de la FED. Cette demande fut en réalité triple puisqu’elle concernait également Paris et Londres et s’inscrivait plus largement dans un mouvement initié par le Venezuela de Hugo Chavez puis par l’Equateur, l’Autriche, la Hollande, tous demandant leur or à la FED !  Le plus dérangeant bien sûr est que l’Allemagne n’en a récupéré qu’une partie ce qui provoqua des remous entre Berlin et Washington mais surtout correspondit à des achats massifs d’or par la Russie, la Chine et l’Inde sur toutes les places, la Chine achetant même des lingots comportant du tungstène !

Rapporté par Joseph Farrell sur son blog GizaDeathStar, Koos Jansen dans le BullionStar blog nous rappelle que 97% de l’or de Fort Knox a été audité annuellement et officiellement de 1974 à 1986. Lorsque Koos Jansen a voulu voir le rapport de tous ces audits en vertu du « Freedom Of Information Act », il en manqua cependant sept ! Toute monnaie digne de ce nom se doit d’avoir une valeur assise sur l’or et les réserves d’or de Fort Knox sont officiellement  de 8134 tonnes. Chaque rapport annuel confirme l’existence de ce stock d’or et le fait qu’il en manque sept reste problèmatique.

Koos Jansen releva un point souligné par l’inspecteur général Eric Thorson devant le Congrès en 2011 dans le cadre du Gold Transparency Act :

« Avant de discuter des détails des audits, objet de cette audition, je souhaiterais souligner le point suivant : 100% des réserves du gouvernement américain ont été inventoriées et auditées. Je peux vous assurer que la sécurité sur ces réserves est absolue. Je peux vous le dire sans hésitation car j’ai vu moi-même l’or et la sécurité entourant ces réserves. »

Jansen rajoute alors qu’il n’y a aucune preuve à ce qu’il dit, et de dire que « 100% des réserves du gouvernement des USA ont été inventoriées et auditées » est impossible à confirmer.

Comme le dit Jansen, « de la consultation des audits annuels aux Archives Nationales Américaines, celles-ci n’ont pu remettre les sept audits en question, sept rapports absents des Archives, du Département du Trésor et du Bureau de l’Inspection Générale (OIG). Après avoir sollicité d’autres services gouvernementaux en vain, Jansen en resta avec cinq documents (six audits) ceux de 1974, 1977, 1981, 1985 et 1986, soit exactement les mêmes cités par Thorson au Congrès et il semble que ces documents soient les seuls existants !, les 7 autres ayant mystérieusement disparus. »

Jansen relève alors un certain nombre d’anomalies.

« Les compartiments à la US Mint (organisme qui produit et met en circulation les pièces de monnaie aux USA) étaient sous scellés officiels alors que les compartiments à la Federal Reserve Bank ne l’étaient pas ce qui suppose que l’or entreposé à la Federal Reserve Bank pouvait être facilement transportable en dehors des coffres, fort probablement à travers un couloir le reliant au coffre privé de l’immeuble du 1st Chase Manhattan Plaza. Il y a en effet deux coffres à la FED, un coffre principal et un coffre dit auxiliaire et il y a très peu de traces écrites sur ce coffre « secondaire » (voir ci-dessous en lien l’article du reporter du BullionStar Ronan Manly pour plus d’information sur la construction de ce coffre et ce couloir sous la rue  menant à cet immeuble autrefois propriété de JP Morgan et récemment acheté par FOSUN, fonds d’investissement chinois).

« Mais revenons sur les audits de la Federal Reserve et notamment sur une remarque dans l’audit de 1981 : les procédures d’audit sont essentiellement les mêmes que ce soit pour la Federal Reserve que pour l’US Mint à la différence près que des échantillons pour vérification de la pureté de l’or ne sont pas prélevés pour la FED.

En 1985, le rapport mentionne : « Bien que la qualité de l’or dans les coffres de la FED de New York ne puisse pas être mesurée » : donc non seulement les coffres de la FED ne sont pas scellés, mais pour des raisons inconnues aucun test de vérification n’y a jamais été entrepris ! »

Et Joseph Farrell de souligner que si tout cela est vrai, il s’agirait d’un pas important vers l’explication des difficultés de l’Allemagne à récupérer son or si de telles conditions ont persisté dans le temps. Jansen continua de mettre en évidence de telles implications.

« Toujours dans le rapport de 1985, « l’or audité n’a jamais été sous le contrôle d’un comité d’expert après la fin de l’audit », autrement dit l’or n’a jamais été considéré comme audité ! Selon les rapports disponibles, le comité en 1985 devait conclure à l’absence d’expertise de l’or en 1985. En 1975 le rapport mentionnait qu’un audit de l’or de la Federal Reserve était nécessaire mais depuis cette volonté au fil des ans a disparu. »

Il y a par ailleurs une autre anomalie, l’absence de toute documentation sérieuse sur les tests d’échantillonnage.

« Si nous regardons les essais menés à l’US Mint depuis 1953 : En 1953, nous pouvions lire qu’il y avait 26 lingots (0,00002% de la réserve totale de l’époque) d’analysés à partir d’un échantillonnage représentatif. Les tests ne montrèrent aucune irrégularité. La personne ayant fait l’analyse resta anonyme et il n’y avait pas de rapport d’analyse inclus dans le rapport d’audit.

En 1974 le bureau de test de New York analysait 95 lingots. Les deux marques en forme de tétraèdre sur le haut et le dessous du lingot furent retirées et les tests ne montrèrent aucune irrégularité. Aucun rapport d’analyse ne fut cependant inclus dans le rapport global.

En 1977, un lingot de chaque cinquantième fond d’or (un fond équivaut à 20 lingots) fut analysé et des irrégularités furent trouvées dans deux fonds, « le coffre a dû être ouvert deux fois de plus en présence de la Commission Mixte de Certification et l’or fut réévalué. La personne qui procéda à l’analyse resta anonyme et aucun rapport ne fut inclus dans le rapport global.

Pour tous les autres rapports officiellement publiés (1980,1981,1985, 1986), il y est brièvement noté que des tests furent conduits, vraisemblablement pour un lingot de chaque cinquantième fond. Aucune irrégularité ne fut trouvée, le testeur resta anonyme et aucun rapport d’analyse ne fut inclus. 

Pour les audits faits en 1975, 1976, 1978, 1979, 1982, 1983 et 1984 pour un même échantillonnage (un lingot dans chaque 50ème fond), il n’y eut ni rapport d’analyse, ni rapport global et nous ne savons pas qui a pratiqué les tests.

C’est en fait près de 97% de l’or audité par les comités d’audits subséquents qui n’a pas été évalué par un test indépendant. En 1977, le Bureau des Tests de New York qui est une filiale de l’US Mint conduisit des tests mais pour les autres années nous ne savons même pas quel est l’organisme qui les pratiqua. »

Mais il y a une autre anomalie liée aux pièces d’or qui reste centrale selon Joseph Farrell. Dixit Jansen :

« Pourquoi n’avons-nous jamais vu d’analyses de barres de pièces d’or ? Les pièces d’or dont la pureté varie de 899 à 901/1000 ou de 915 ½ à 917/1000 soit à près de 90% pur et ces barres constituent l’essentiel des réserves officielles d’or américaines. L’ancien directeur de l’US Mint Edmund Moy a avancé qu’en 2013 les réserves américaines contenaient essentiellement des barres de pièces d’or du fait de la Grande Confiscation de 1933 par le président Roosevelt quand les citoyens américains ont dû remettre aux autorités tout leur or physique. Toutes ces pièces d’or ont dû être accumulées formant mythiquement la plus grosse pile d’or sur terre ! Cependant comme je l’avais écrit précédemment, toutes les pièces d’or ayant circulé avant 1933 n’ont pas pu fournir l’essentiel des réserves comme le suggère Edmund Moy. »

Au final, Koos Jansen en arrive à ce scénario :

« Si nous lisons avec attention les rares rapports qui nous sont parvenus, nous remarquons que les procédures d’audit ont été revues en 1983.  En conséquence plus de 1700 tonnes dans les dépôts de Denver et de Fort Knox qui avaient été auditées et scellées à cette date doivent donc être de nouveau expertisées.

Comme l’indique Joseph Farrell, il convient de résumer l’analyse de Jansen par les points suivants :

1) Les audits ont été faits à la US Mint et dans différents dépôts ;

2) Les audits n’ont pas été faits correctement à la Federal Reserve de New York ;

3) Il est allégué que la FED a des tunnels secrets communiquant directement à la JP Morgan dont l’immeuble a été récemment racheté par un fonds d’investissement chinois ;

4) L’or récupéré par l’Administration Roosevelt dans son entreprise de confiscation du début des années 30 ne semble pas correspondre à la quantité d’or en pièces existantes dans le système de dépôt US.

Nous avons donc :

1) Une implication des chinois ;

2) Plus d’or dans le Système qu’il n’en apparaît officiellement ;

3) Un tunnel secret entre la banque centrale US et une « prime » banque US et son implication dans « quelque chose » ;

Ce faisceau d’indices recouvre l’hypothèse de l’or volé au Kuomintang chinois qui fut directement et secrètement échangé contre des Bons du Trésor par la Reserve Federal, bons ayant été émis avec des erreurs délibérées dans le seul but de les dénoncer subséquemment comme fraude et faux. Ces pièces d’or pourraient aussi avoir pour source non seulement la confiscation de Roosevelt mais aussi l’or volé par les pilleurs de l’Axe (dont l’or des Nazis arrachés aux victimes des Camps d’Extermination) ce qui expliquerait les écarts notés par Jansen. Les indications d’une participation secrète d’une « prime » banque américaine à un financement secret rajoutent un élément d’explication à ces rapports disparus. Farrell suggère en fait l’existence d’un système caché correspondant à un vaste réseau d’opérations couvertes et de « black projects » ce qui fera l’objet d’un autre article.

En conclusion tout part donc des ventes à découvert stoppant la hausse dès septembre 2012, baisse amplifiée par la manipulation des cours en avril 2013 par la FED, l’objectif étant de détourner les acheteurs/spéculateurs de l’or dont les réserves sont visiblement incertaines du moins physiquement non établies. Ce contrôle des cours devrait aussi inciter les épargnants (ménages) à ne pas s’en approcher au risque de tout perdre.

Comme le dit Bill Bonner dans un article de la lettre d’Agora, l’or reste une valeur hors Système, ce dernier fonctionnant selon une dynamique de marchés dans laquelle le dollar n’a plus son équivalent en or et dépend que de lui-même et du contrôle financier des banques centrales (FED essentiellement)....sauf bien sûr si le marché/Système implose.

Sources :



mercredi 20 mai 2015

L’hubris du monde occidental

Les marchés actions US sont assurément un révélateur pertinent de la crise systémique en cours, tant pour le système socio-économique américain que pour le reste du monde à travers l’exportation de sa masse monétaire.

Toute la relation en déséquilibre constant entre une ultra-puissance et des satellites occidentaux (UE et hors-UE) repose sur la conjonction de trois éléments structurants: le développement technologique, la cohérence de la politique menée par le binôme « Federal Reserve » – « Department of Treasury »  et le contrôle de la liquidité dollarisée mondiale.La question dans cette architecture de la cristallisation de la position BRICS et plus particulièrement de la synergie sino-russe en formation sera bien entendu évoquée de nouveau mais brièvement, le thème de l’article étant de dépasser les contours d’un monde bipolaire afin de mettre en évidence les forces en cours de destruction des mécanismes hérités de la révolution thermodynamique industrielle et de la reconstruction européenne de l’Après-Guerre.

Partant du constat que la croissance du Dow Jones (grandes entreprises) de 68% entre novembre 2010 et le 1er avril 2015 correspond au premier QE et à la politique de la FED de rachats à des taux quasi nuls des créances du système bancaire, nous pouvons induire une relation de causes à effets entre cette surliquidité et l’investissement en actifs mobiliers et immobiliers.

En aidant les banques américaines à apurer leurs bilans par la substitution d’actifs tangibles à des valeurs toxiques dites "hors bilan", la FED a participé à la flambée des marchés actions  mais aussi obligataires (obligations d’avant 2008) et immobiliers (« prime » commercial): les marges des investisseurs renouvelées ont en effet permis la création de bulles spéculatives dans tous les domaines.

Le refinancement par des taux quasi-nuls a eu le double résultat d’alléger le passif et d’améliorer le bénéfice des institutionnels. Inversement, comme nous l’avons déjà expliqué dans de précédents articles, l’octroi de prêts aux ménages devient peu attractif et oblige à l’instar de l’Euro-zone à prendre des garanties auprès de  l’emprunteur sous forme d’apports ou d’hypothèques. Dans le même temps, la collecte d’épargne tend à se ralentir ce qui ne peut qu’exacerber d’une part les difficultés de gestion de liquidités provenant de l’économie réelle et d’autre part la dépendance du système à la banque centrale. 

Nous pouvons formuler ce qui vient d’être dit d’une autre façon: les banques centrales ont faussé le marché en abaissant artificiellement les taux d’intérêts. Dans un système dit normal, que ce soit une banque ou une entreprise cotée, un besoin de financement détermine l’émission d’obligations à des taux attractifs et valorisés. Si une banque décide d’augmenter ses marges sur ses prêts aux entreprises et aux ménages, elle augmentera ses taux d’intérêts ce qui aura pour double conséquence de réduire les poussées inflationnistes et d’améliorer le rendement des placements proposés à ces mêmes ménages et entreprises. Nous serons passés dans cette perspective d’une phase de consommation à une phase d’épargne, d’une phase d’investisseurs à une phase de rentiers: les liquidités ne proviennent alors plus des banques centrales mais de la richesse produite par des échanges de produits et services contre une monnaie les reflétant.

Nous changeons de paradigme si la finance ne dérive plus de l’épargne générée par les plus-values de l’économie réelle mais dépend d’un refinancement par la banque centrale. Si, au lieu de relever leurs taux d’intérêts pour capter l’épargne, les agents obtiennent des liquidités par la mise en garantie de tout type de créances, bonnes ou mauvaises, à long terme ou à court terme, dérivés ou non, le bénéfice généré se retrouvera totalement décorrélé de la tangibilité d’une production marchande.

Par l’introduction de milliards de liquidités dans un système qui aurait dû s’apurer par lui-même, la FED s’est ainsi mêlée de politique et a nié de ce fait la raison d’être des taux: la  mesure du risque. Mais au-delà du calcul politique de Washington, la question demeure d’en connaître les objectifs, de déterminer en quoi ces refinancements massifs s’inscrivent dans une stratégie plus large de redéfinition de la domination américaine sur le monde.

Dès 2008, la FED (aujourd’hui suivie par la BCE, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon - et contrairement aux banques des BRICS) a entériné la rupture entre le monde réelle et la sphère financière, cette dernière relevant d’une toute autre architecture. Tous les prêts se font interbancaires ou par filiales/fonds interposés, chaque établissement assuré de voir ses risques annulés par une banques centrale qui les couvrent.

Les stratégies ne reposent plus sur les intérêts (coupons) élevés mais sur des dividendes, des plus-values sur titres et des loyers dont les seuils de retour ont explosé. Toute la finance se rue dorénavant sur les entreprises cotées dans une recherche effrénée de rendements faute de pouvoir s’orienter sur les produits de taux (les obligations): les indices boursiers attestent de cette réorientation des flux et ne font que peser sur les résultats commerciaux quant à eux bien réels.

Dans une économie financière totalement dérégulée, l’anticipation de bénéfices induit une appréciation (ou non) des portefeuilles des sociétés de gestion. Tout le « business plan » des grandes entreprises mais aussi des PME cotées dérive d’une valorisation de leurs actions, à défaut elles risquent de perdre leur financement. Si les entreprises se doivent de développer leurs marges sur le moyen et long terme (ce qui relève d’une vision saine de développement du produit et de la marque), l’anticipation à court-terme tend à devenir l’horizon indépassable pour la plupart. Perspective éminemment problématique, la recherche de profits au-delà de tout productivité induit une réduction des coûts fixes (salaires, main d’œuvre, externalisation de services) et variables (stocks). Par l’influence directe des banques centrales et des dirigeants politiques qui les gouvernent, la valeur d’une entreprise ne repose plus que sur le « zéro stock » et l’ajustement constant de la masse salariale basée sur une main d’œuvre ponctuelle, le plus souvent en contrat à durée déterminée ou en intérim voire travaillant dans des zones hors frontières à bas coûts sociaux.

Les USA vivent une situation de marchés déflationnistes se réduisant, s’anémiant avec un taux mensuel négatif de - 0,09% en janvier 2015, -0,03% en février 2015 et -0,07% en mars 2015 soit -0,1% sur 12 mois (mars 2014-mars 2015) !  

Au-delà du tarissement des crédits aux ménages par des moyens indirects (garanties supplémentaires, hypothèques réduites dues à la dépréciation des biens immobiliers après 2008), la précarisation reste un phénomène non assumée travestie par un taux de chômage trompeur de 5,5% en février 2015 et d’une baisse flatteuse de près de 44% depuis mars 2010.

Prenons les statistiques du BLS (Bureau of Labour Statistics): sur une population active de plus de 148M de personnes, 7 400 000 personnes sont officiellement en demande d’emplois. Si cependant nous comptabilisons les personnes travaillant une partie de l’année (entre 5 semaines à 27 semaines par an), celles travaillant par contrainte économique hebdomadairement à temps partiel, celles non comptabilisées dans la population active et enfin les demandeurs découragés ayant renoncé à toute recherche, nous en sommes à 119 072 000 individus, chiffre à mon avis minoré et auquel nous pouvons ajouter les personnes travaillant à temps partiel moins de 35 heures par semaine (le temps plein aux USA est de 40 heures), nous obtenons le résultat hallucinant de 146 618 000 de personnes soit 98,87% de la population active !!!!

Précarisation et ultra-financiarisation de l’économie réelle ne sont cependant qu’un aspect de ce paradigme, l’injection massive par le Trésor de liquidités dans le système militaro-industriel en est un autre.   

Le Trésor émettant des bons (T-bond, T-Bill, T-Note) à des taux quasi-nuls a permis au marché de croitre son PIB de 20,57% entre le premier trimestre 2010 et le quatrième trimestre 2014 contenant ainsi le déficit de la balance commerciale. Tant les exportations de services financiers (Wall Street) que les exportations de biens et services ont cru respectivement de 28% de novembre 2011 à février 2015 et de 20% entre décembre 2010 et octobre 2014, les seuls secteurs en fléchissement étant les exportations de gaz naturels avec une baisse de plus de 9% en volume entre février 2014 et décembre 2014 (industrie du schiste notamment).

Investissements massifs, croissance du PIB et exportations ne sont en aucun cas contradictoire avec la déflation; le marché intérieur n’est en effet plus appréhendé comme une source de profit pour les entreprises définissant leurs stratégies à une échelle globalisée.

On ne cherche plus à se développer sur une zone particulière définie par une géographie ou des frontières mais à ouvrir pour chaque produit une perspective mondiale. Les stratégies Apple ou Google sont devenues des références et la baisse de la consommation par la précarisation peut aisément se compenser par un accroissement de la production sur d’autres zones ce qui suppose aussi une grande fluidité entre les dites zones (et nous voyons ici l’importance des accords TAFTA et TransPacific Partnership ou TPP) dans la suppression de toutes barrières douanières directes et indirectes (secteurs publics protégés), l’objectif à peine voilé étant la création d’immenses poches de consommation captives pour les produits américains.

Quant au Department of Treasury, il est important de comprendre que la politique de la FED n’a pu se décider qu’à un échelon politique. Les Quantitative Easing’s de la FED relève d’une demande massive de fonds du complexe militaro-industriel à travers le Pentagone et ses cocontractants, cette injection irriguant toute une filière de sous-traitance et d’incubateurs en étroite relation avec les états-majors des multinationales du S&P 500 à travers le monde.

La FED et le Trésor sont passés à une échelle supérieure depuis 2008. Nous avons parlé des accords transnationaux avec l’UE et la zone pacifique, c’est aussi toute une gestion de la crise qui s’est développée à des degrés d’intensités encore inédits. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, les tensions avec la Russie sans parler de l’hubris au cœur même de zones développées comme l’UE ou l’Amérique Latine ne répondent en réalité qu’à la gestion d’objectifs commerciaux et de conquêtes économiques.

Si nous regardons les crises en cours, elles sont de deux types:

-Guerres déclarées ou larvées: Ukraine, Moyen-Orient (Etat Islamique, Talibans), Afrique Subsaharienne et Maghrebine (Lybie);

-Tensions sociaux-économiques engendrés par l’introduction du modèle (politique, culturel, social et économique) américain dans des ensembles humains aux évolutions propres: Union Européenne, Russie, Chine, Amérique Latine, Inde, Maghreb (Tunisie, Egypte)

- et correspondent en définitive à la mise en application du programme GRIN: Genetics (biotechnologie et sciences médicales), Robotics (divertissement, biotechnologie/médical, spatial), Information processing (divertissement, biotechnologie) and Nano-technology (biotechnologie/médical, alimentation, spatial, matières premières).

La globalisation des marchés US ne peut se faire que de deux façons: soit diplomatiquement par la négociation de zones captives gigantesques (UE, TAFTA et TPP) soit par des changements de régimes: Russie (5ème colonne atlantiste au sein du Kremlin, mouvements fascistes/néonazis, islamisme EI et Talibans), Chine (5ème colonne atlantiste dans les instances du pouvoir centrale, islamisme Ouïghour), Révolutions arabes dans tout le Maghreb (Lybie, Tunisie, Egypte), désorganisation et réorganisation des pouvoirs en Afrique subsaharienne (en clair affaiblir l’influence de la France sur tout l’Ouest et le Centre-Ouest), crises économiques et monétaires en Amérique Latine avec la présence de 5ème colonnes puissantes pro-américaines au Brésil, en Argentine et au Venezuela, Inde (tout le problème des conflits interreligieux notamment dans le Jammu-et-Cachemire).

Si nous nous résumons, nous avons les points suivants:

Paradigme dès 2008 d’une économie financière mise en place par la FED (et suivie par les autres banques centrales des économies dites développées);

 - Réorientation des places boursières sur les marchés actions;

-Financiarisation des stratégies commerciales des entreprises cotées et pondération des objectifs commerciaux à court terme;

-Variable d’ajustement des coûts salariaux : précarisation, externalisation des services, non-revalorisation des salaires;

-Conséquences : désinflation/déflation et globalisation des marchés US;

-Investissements massifs via bons du Trésor dans le programme de type GRIN et gestion des crises internationales dans le but d’une homogénéisation des zones répondant aux allocations GRIN.
     
Ce qu’il ressort de ces différents points est de savoir comment un tel système peut tenir, comment peut-il être pérenne sachant que ses mécanismes apparaissent clairement artificiels. J’utilise à dessein le mot d’artifice afin de montrer que les mécanismes d’offres et demandes restent contrariés, le but n’étant plus le développement de la consommation mais l’augmentation en soi des marges bénéficiaires. Comment dès lors envisager un marché en le  détachant de ses principaux agents ou plutôt comment envisager des marges croissantes  tout en diminuant la consommation?

Si les principaux indicateurs PIB, exportations, importations ont tous crû, c’est essentiellement le résultat de la compression du marché de l’emploi et cette tendance reste globale au sein de l’OCDE, le ralentissement du commerce mondial en est un indice.

Soit le Système poursuit dans cette voie et devra s’abstraire d’un marché de l’emploi en s’axant sur l’économie financière ce qui ne peut déboucher que sur des effets sociaux désastreux ou précipiter le monde dans un chaos organisé de manière à réorienter les marchés sur de nouvelles sources de profits par l’élimination physique des concurrents non américains.

Il est très difficile de faire des anticipations mais ce qui est sûr est que la tendance à la contraction de l’emploi est globale et les seules bénéficiaires en sont les détenteurs du capital et le complexe militaro-industriel US: la prise de conscience de cette puissance se reflète dans l’asservissement des politiques européennes dont la France et la Grande-Bretagne sont de tristes exemples. Inversement des Etats comme la Russie ou la Chine tentent de proposer un modèle différent, moins financiarisé et globalisé mais en l’état rien ne peut empêcher cette entropie d’aller à son terme.


Sources: